Poudre y erre
Je tire parfois sur mes joues pour une tentative de sourire. Nul ne sait si je joue. Des hommes me disent d’enlever mon tricot de peau : je le retire. Mais, à force, mes gestes sont plus lents toujours plus lents vu ce qu’il me reste de tendons. Les sacripants descendent dans ma grotte pour me prendre mais au péril de leur vie. Ils pensent remonter le temps des premiers hommes.
Mais de mon ventre témoin de leur naissance naît de la pensée à la croisée des stalactites et des stalagmites. Et voici pour eux ma clé de voûte de l’humanité. Je garde toutefois belle allure, la nuque droite, la bouche tendre. Mes yeux ont la couleur du brouillard, mais qui peut voir au travers ?
J’active secousses, soubresauts en convulsions sans pudeur. Au besoin, je ricane de la trépanation des prétendants. De fait, en me grimant de misérable connasse je joue avec deux à colin-maillard. Mais quand le dernier est attrapé et quand le premier train passe, je monte, sans tain, en première classe et les laisse sur place.
jean-paul gavard-perret
Photo : Laurence Vidal