Pan d’ores (et déjà)
Plus que Jeanne d’Arc – qui entra en religion comme d’autres dans les gangs et qui filait la laine pour tisser des manteaux de visions -, notre Jeannette croit au mimétisme. Culotte enlevée, nue, elle se vêt en homme de costume blanc. Il y a du Tony Montana sous son chignon. La voici prête à exploiter le vice comme vertu commerciale. Par son silence, elle fait passer ses mots derrière lui.
Cette abstinence vocale évite les percussions qui se débondent. Affirmant « je suis », elle sait soit ce qu’elle suit, soit qui elle est. Difficile en conséquence de la mater. S’épargnant le jeu du fileur et de la traquée, elle ne renvoie jamais de réplique mais une balle sur sa cible. Voyante de qui la supervise, elle se voit bergère d’un roman en rencontrant un homme. Mais pour elle, pas de fiction. D’un réflexe pavlovien, jaillit la rafale de son Colt ou ses baisers de cinéma. Bref, elle se positionne soit avec un amoureux soit avec un laissé pour compte.
jean-paul gavard-perret
Photo : Nikita Dankin