Mes torts ont tôt
(Du beau, de l’air !)
Choisissant devenir Proust ou rien, la seconde option reste ma réussite. Quand je ne peux pas dormir,j’écris ce que personne ne lira – et même pas moi. Cela m’apaise et me console quand mon cerveau, en deux cerneaux de noix, veille. En noria, les corneilles foncent dormir sur les arbres devant ma cuisine. J’écris jusqu’au matin dès que leur bec murmure et croasse derechef.
Ma main remue encore sans ne rien réclamer à personne qui se demanderait pourquoi. Pound lui-même a écrit comme ça, se moquant de la grammaire tout en abusant de l’usage des dictionnaires. Histoire de vérifier l’absence du féminin pour « loufiat » – ce qui lui causait une angoisse. Ratant bien mieux que lui, je reste inaudible haut-parleur et brouteur de l’inutile. Mais mieux : bourreau de moi-même plus que celui de Béthune. Voire Heautontimoroumenos.
jean-paul gavard-perret
Photo : Arthur Tess