Hamlet (William Shakespeare / Clément Camar-Mercier & Thibault Perrenoud) – Avignon 2026

Hamlet (William Shakespeare / Clément Camar-Mercier & Thibault Perrenoud) – Avignon 2026


© Christophe Raynauld de Lage / Festival d’Avignon

Le spectacle est en itinérance, chaque jour sur un site différent, pour faire événement, comme, peut-être, au seizième siècle, la venue de la troupe de Shakespeare. En l’occurrence, c’est le public qui est invité, convié à prendre place par l’actrice et les acteurs, pour un banquet champêtre dont on sait qu’il scelle, après le deuil du roi, le mariage de la reine avec son frère. Chacun(e) des spectateur(rice)s est accueilli(e) comme un(e) participant(e) à la célébration. C’est la reine qui lance le spectacle avec brio, quand elle exprime son inquiétude sur l’état de son fils. Celui-ci apparaît en bouffon, semblant peu convaincu de ce qu’il vit, comme pour mieux construire devant nous son personnage dramatique. Les dialogues sont vite portés à une vive intensité, par contraste avec la convivialité supposée de la situation. 

Thomas Perrenoud incarne un Hamlet tiraillé entre sa jeunesse, sa spontanéité, et la tâche existentielle, métaphysique même, dont il est investi. Toute la cocasserie des dialogues est révélée et magnifiée par cette version condensée, ramenée à trois personnages et deux figurants, dans une traduction efficace et truculente. L’emphase et l’hyperbole mettent en relief les excès des passions confrontées par la tragédie matrice de conflictualité. Le comédien metteur en scène s’impose et impose à ses complices de jouer chacun(e) sa partition selon les registres les plus variés. Le propos est dynamique, les scènes sont enchaînées rapidement, passant de l’hilarité au drame, de la spontanéité à la réflexivité, de la rage à la dérision. Ainsi l’hécatombe finale est-elle traitée avec une solennelle légèreté. 

De là résulte un trio attachant qui s’amuse de son rapport à l’assistance, semblant mettre en abyme son rôle autant que le texte : soumis à des changements de rôle, les deux personnes associées à Hamlet jouent de l’ambivalence permanente des sentiments, passant allégrement du rire le plus franc à la douleur la plus vive. Quand il s’agit enfin de représenter à la reine et au roi (incarné par une personne du public), les deux comédiens s’en donnent à cœur joie à mal jouer.  Le jeu peut faire penser à TgStan, dans la manière d’investir la profération comme seul support de la dramaturgie ; mais le procédé est considérablement accéléré, les revirements de tonalité se produisant plusieurs fois par réplique. 
Un spectacle puissant, éblouissant, qui fait événement : une performance remarquable, explosive et généreuse. 

Avec Aurore Paris, Guillaume Motte, Thibault Perrenoud. 

Scénographie Jean Perrenoud ; lumières Nicolas Faucheux ; costumes Emmanuelle Thomas ; collaborateur artistique Mathieu Boisliveau ; régie générale, plateau et son Raphaël Barani ; production, diffusion Emmanuelle Ossena (EPOC productions) ;  
administration Dorothée Cabrol. 

Festival d’Avignon, tous les jours sur un site différent (https://festival-avignon.com/fr/edition-2026/programmation/hamlet-355099#section-infos), 

à 20h du 8 au 25 juillet 2026, relâche les 11, 12 et 19 juillet. 

Production Compagnie Thibault Perrenoud, coproduction Festival d’Avignon, Théâtre des Îlets CDN de Montluçon, La Comète Scène nationale de Châlons-en-Champagne, Le Parvis Scène nationale de Tarbes-Pyrénées, L’Azimut Antony Châtenay-Malabry. 

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