Marie-Laure Dagoit, Solaire

Marie-Laure Dagoit, Solaire

L’aile ou la cuisse

Plus que jamais, Marie-Laure Dagoit – étoile des capiteux parfois décapités ou sereine janséniste telle feu Angélique Arnaud – est mystère voire l’inconnue en tant que belle de cas d’X.
Nous l’avons entr’aperçu jadis sur une photo de la page de garde de ses livres de ses éditions de la Salle de Bains où elle dort à dos pour permettre de découvrir auteurs et artistes (Mirka Lugosi, Gilles Berquet, etc.) qu’elle fait connaître mais aussi des fragments d’écrivains consacrés (Burroughs Beckett, Mansour, Apollinaire, Anna de Noailles et bien plus). Très souvent les livres qu’elle édite sont courts. Mais « Solaire » déroge à la brièveté.

Une fois de plus, nous avançons dans le mystère que l’auteure entretient en ce livre romanesque et poétique. Celui-ci caresse – ce qui n’est rien d’étonnant chez elle – une forme de pornographie, tout sauf vulgaire. Experte, Marie-Laure Dagoit s’en amuse de manière attentive, précise déroutante et détournée..
Entre ombre et lumière, espoir et l’inverse, la vie sexuelle d’une telle narratrice devient aussi réelle que fantasmée. Ses histoires d’amour sexuelles évoquent à la fois beaucoup et peu en se moquant de toute possible censure ou bienséance. L’héroïne reste libre d’autant que son auteure repousse la plupart des exhibitions directes en poésie verticale et horizontale.

Le texte plonge dans la déréliction et une mort en miction de proses et poèmes. Existe là un aveu plus ou moins remisé entre la perte d’une enfant et la présence d’un homme. La narratrice évoque ce qu’elle fait pour rester avec celui-ci mais aussi pour gagner « un peu de temps encore » avec la disparue.
Tout reste d’un extraordinaire non-dit et le lecteur se perd dans les méandres d’un tel récit. Faut-il croire ou non la romancière ? Cela reste la question entre éros et thanatos, entre emportement et dérision face – et par exemple – à la mécanique sexuelle du phallus. Nous sommes là bien à distance des scènes de genre. Duras n’est d’ailleurs pas loin d’autant que nous retrouvons une plage normande, là où tout est évoqué/inventé indirectement par l’écriture de la vigie sol-air.

La vie de l’héroïne reste l’énigme suprême des déplacements. Mais respectons tout autant ce qui appartient à l’auteure. Ou pas forcément. En tout état de cause, le titre lui-même sème le doute en harmonies du soir. Il ouvre la lumière – ou l’éclairage.

jean-paul gavard-perret

Marie-Laure Dagoit ,Solaire, éditions 52 rue de Varennes et/ou Derrière la salle de bains, 2023 – 20,00 €.

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