Catherine Andrieu, A l’écoute des bêtes
Lune et les autres
Dans son expressionnisme poétique, Catherine Andrieu montre qu’entre les formes de vie, celle des animaux appartient « au même battement, à la même blessure immense, à la même espérance silencieuse. »
La poétesse casse ce silence par son amour des animaux dont ses chats (dont sa Lune adorée) – et pas qu’eux car ils renvoient à divers registres : « Le lion se souvient d’une savane qu’il n’a plus. / Sa crinière s’est faite poussière d’or fané. / L’éléphant se balance pour ne pas tomber, pour faire passer le temps à travers son corps. / Le tigre marche comme une horloge d’angoisse, sa folie devenue musique./ Le loup a désappris le hurlement : il garde le son dans sa gorge comme un secret d’exil. »
Au milieu d’une animalerie où les couleurs s’inversent – le bleu du ciel est en bas et le rouge tellurique en haut – la « vérité » des bêtes est saisie afin de donner aux êtres anonymes une noblesse paradoxale au profit d’émergences plus profondes. Chaque portrait animal crée une narration sans fards et surtout une réflexion fondamentale bien au-delà du privilège et de l’arrogance la nature humaine.
La vie animale selon Catherine Andrieu est donc bien particulière. Elle lui donne sa croyance, sa « liturgie sans dieu » dont ses poèmes créent leur office. « Les animaux prient sans paroles », écrit-elle. Et d’ajouter : « Ils ont gardé l’habitude de se taire — parce que personne ne les écoute.» Mais l’auteure le fait, les voit et les chérit. Ils sont devenus pour elle son miroir. Ils respirent en elle et elle lutte contre ce qu’elle nomme leur « privation ».
Animaux sauvages ou apprivoisés, qu’importe. Contre la violence qu’on leur porte, ce livre devient une défense quasi « citoyenne » face aux animaux victimisés. A défaut de leur absence de parole, Christine Andrieu crée pour eux un hymne en montrant que leur « folie », leurs gestes , leurs balancements sans fin « sont les prières que nous refusons d’entendre. ».
D’où, face à l’obstination bornée de l’humain trop mal humain, la poète rappelle à la vie animale jusqu’à rapprocher sa nature de « saints sans dogme » et qui « témoignent pour nous ». Alors, lecteur, encore un effort pour intégrer cette vision du monde trop souvent sous estimé !
Preuve pour elle que le regard des animaux ne cherche plus la sortie : ils attendent que la lumière se souvienne d’eux. L’auteure la leur apporte et au besoin ouvre les barreaux des zoo. Ce livre est donc celui de l’amour des animaux, du besoin de les reconnaître. A eux leur liberté, leur indépendance et leur attention : souvent ils nous l’offrent comme un don.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, A l’écoute des bêtes, Editions Sémaphore, coll. Cahier Nomade, 2026, 116 p. – 16,00 €.