Ma Mec

Ma Mec

J’aime errer même si je demeure le plus déshonorant des nègres blancs. Et pour le rester, tu m’as conduit dans ta sphère étroite et privée. C’est toi qui m’as formé quand tu es devenue le lotus bleu d’or dès l’instant de notre rencontre. En perte de vitesse, tu m’as réanimé sans besoin de tapiner. Tu n’avais qu’à m’offrir ton étoile mystérieuse. J’ai connu par toi le secret de ton lit-corne, ton trésor de Rackham dans ton cristal ambré.

Pénétrant ta glaise, tu m’as ouvert des horizons parfois non sans humour et ironie. Tu fus La Danseuse qui énormément travaille – sans mal agir, ni mal tourner –  pour ton bien et le mien. Ta lune est mon espace, ton nid le Tibet. Tu es devenue l’ultime planche de salut par mon addiction. Je bois le rhum haïtien qui se trouve en tes seins. Et quand ma gorge brûle, je suis sauvé. Tu me fais chavirer. Mais « Chut !… ».

Je ne te dis plus rien quoique attaché à toi comme le sparadrap du capitaine Haddock dans L’affaire Tournesol. Embarqué comme les noirs enfermés par des méchants blancs pour être vendus, je me rends en pèlerinage même au tombeau de ton père.  Tu es prophète et je ne suis jamais négrier : tu es « ma Mec » (disait Lacan) au-delà de la comédie humaine. A nous deux, nous construisons notre bordel. Il dévoile l’existence.

Photo : Anton Corbjin

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