Carlo Calabrò, Cemento e sangue

Carlo Calabrò, Cemento e sangue

Ce livre est d’abord un polar dans la ville de São Paulo, une ville qui grandit en se dévorant elle-même. Le béton couvre tout : les rivières, les corps, les responsabilités. L’autoritarisme n’a plus besoin du visage ancien de la dictature : il est médiatique, privatisé, et ne se cache pas. Everton Barros, chroniqueur paresseux d’un grand quotidien, reconnaît un matin, parmi les eaux noires du rio Pinheiros, le cadavre de Flávio Bloch, ami éco-activiste.
La police classe l’affaire comme un suicide. Mais Barros sort de sa stupeur et gratte plus loin. Il décide d’enquêter, même si son propre journal préférerait laisser tomber cette histoire. Et autour de cette mort, de nouvelles pistes jaillissent dont le sort d’un promoteur immobilier assassin et d’un ingénieur suisse disparu entre l’Amazonie et le trafic de drogue.

Quand l’enquêteur rejoint ces morts suspectes il aperçoit Donato Abreu. Il s’agit d’un homme politique en ascension. Sous son visage télévisé rassurant, celui-ci est un promoteur d’un plan qui transforme le logement social et les sans-abri en un business.
Everton enquête sans protection. Il comprend de plus en plus que chaque révélation engendre davantage de violence. Et chaque question met quelqu’un en danger. Mais, en apparence, il n’existe pas de coupable à démasquer. De fait, le « coupable » est un système où information, finance, criminalité et politique travaillent ensemble.

Apparemment civique, ce polar montre qu’une telle métropole est construite sur le béton et le silence. La solidité des murs est une farce et la philanthropie devient une couverture car chaque promesse de progrès coûte cher. Elle est payée par les plus faibles. Et l’auteur comprend que, plus il se rapproche de la vérité, chaque révélation en engendre une autre.

Laisser un commentaire