Jacques Ancet, Une phrase interrompue
Off
Jacques Ancet sait bien qu’écrire sur la mort est un leurre, et qu’un mot n’est pas une bouche. Sinon « une bouche morte » comme l’écrivait Blanchot. Comme lui, Ancet dit qu’on ne revient pas de la mort. Il sait bien qu’il n’y a plus rien, après, qu’il n’y a pas d’au-delà, et plus de vie, et plus de corps. Et puis, plus rien.
Mais il ne joue pas à faire le mort. La vie doit rester gagnante loin de l’absolue absence (de l’ami, du père et de leur silence définitif). Dans la parole d’un tel auteur existe la parole de l’autre, et le fait qu’elle survive à ce qui n’est plus. Ainsi est sa poésie. Une telle tentative, même si illusoire, fait jaillir des cendres le feu vif de l’existence.
Certes, comme l’écrit Victor Hugo dans l’épigraphe de ce livre : « la vie est une phrase interrompue », mais la poésie demeure sans interrompre cette phrase car elle est notre vie.
jean-paul gavard-perret
Jacques Ancet, Une phrase interrompue, avec des peintures de Vincent Bioulès, Éditions Méridianes, 2026, 24 p. – 18,00 €.