Jacqueline Merville, Jeanne

Jacqueline Merville, Jeanne

Pour Jeanne, le gonflement d’air n’a pas produit l’extase. Très ou trop vite, quelque chose a cassé : un viol collectif. Il la hante encore dans un monde qui n’a rien promis pour effacer de telles horreurs. La barbarie domine. Jeanne l’a ressentie et la ressent, de l’Inde à Gaza, en Ukraine et dans beaucoup de pays où les eaux profondes de la violence continuent à bouillir.
Dans cette narration, le verbe ne bavarde pas. Il coupe, aiguise pour créer l’espace de la vérité de ce qui est au sein des découvertes d’une telle vie et son archéologie, là où nous ressentons « en creux » l’existence de Jacqueline Merville, poètesse déchirée mais habitée.

Pas question ici de rêver au bord ou en dessous du monde, le plein de douleur reste et sidère où – même géographiquement – la scène de la vie est un paysage sourd. L’auteure y fait retour. Toutefois, sa figuration reste décalée (à peine) mais elle permet de se distancier de l’officielle représentation du réel. Elle l’évoque tel qu’il est dans son aspect tragique.
En ce sens, par le libre cours de son imaginaire Jacqueline Merville réintègre le monde plus profond et horrible. Certes, reste l’espoir au sein de certains portraits de femmes parfois sauvées. Mais demeure ici tout ce que l’on quitte de force bien plus que de gré.

En une telle poésie, réside une impulsion. Elle ne se crée qu’en avançant, aussi bien dans la douleur que dans l’inconnu. L’écriture de l’auteure existe non pour dévorer le monde mais mettre en avant celui qui dévore femmes et enfants, et ce qui se passe et ce qui s’efface des vies et des mémoires. C’est aussi pour l’auteure garder la force d’atteindre le fond même : celui du saccage et de la disparition des femmes depuis leur commencement.

Jacqueline Merville, Jeanne, des femmes, éditions Antoinette Fouque, Paris, 2026, 92 p. – 15,00 €.

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