Elisabeth Morcellet, La disparente – En fun & raille
Décap(it)ante
Elisabeth Morcellet est une poète rare, et ici dans un travail « d’épure autour d’un vide grignotant » (dit-elle). Et elle, de préciser : « le récit poétique devient poème sonore rimant avec néant, poème visuel du blanc à la lettre, message sans réponse ». Confrontée à la mort, mais évitant le pathos, l’auteure ose à juste titre une forme de légèreté dans langage brisé, drôle et surprenant.
Voici une forme d’utopie contre la mort, voire un sauvagerie mentale où l’être n’est pas qu’un poisson bleu mais dans le rouge. Il est totalement imprégné de la conscience de la disparition mais pour Elisabeth Morcellet jaillit dans sa poésie un élément spatial dans lequel nous vivons. En un lieu incarné de la camarde, l’humour et la dérision rentrent en tension. Pas à proprement parler d’anecdote : la poésie circule en liberté en espace sacré, espace érotique dans la conjonction écriture-espèce.
L’auteure possède la faculté de croiser vie et mort, couleur et formes. Cela permet de comprendre à quel point nous sommes constitués de cette hybridation : c’est l’espace poétique par excellence. Il y a là, au fond, de la séduction, une précipitation charnelle comparable à la précipitation picturale. Quelque chose de l’ordre de l’attraction de l’éros et de la vie contre la mort que l’on se donne – ou qui nous est donnée.
jean-paul gavad-perret
Elisabeth Morcellet, La disparente – En fun & raille, Editions du Cygne, 2026, 100 p. – 15,00 €.