Catherine Andrieu, Veilleur des Cendres et des Aurores
La visitée
La poésie de Catherine Andrieu transcrit les échos du retentissement des harmonies qui proviennent d’elle-même avec son idée de conjurer la mort. Ne s’étant sentie parfois qu’un espace vide qui réfracte mais pas dans un sens nécessairement péjoratif vis-à-vis de son travail et de sa vie, elle crée depuis le début de sa vie des images souvent différentes, mais pleines de lumière, qui planent sur le vivant avec comme une sorte de doxa avec les mots de Pizarnik : « je partirai et je ne saurai pas revenir ».
La poète a pensé parfois qu’elle était partie et qu’elle était revenue mais pas tout à fait toute elle. Il y a cependant une partie de moi qui est restée en profondeur, méconnue par tous ceux et celles qui jouissent de ces ouvrages. Mais c’est elle qui travaille se réfracte dans ce livre.
Chez elle, les corps subissent des orages et pathos intolérables à représenter. Mais existe là un trompe-l’œil énorme pour ceux qui , à savoir la lisent. Construite le long de décennies, Catherine Andrieu permet de retenir l’essentiel. Pour cela, il lui faut des multiples couches transparentes superposées afin de retenir l’essence et laisser partir l’excès de matière écriture et d’énergie.
C’est là un travail de concentration qui capter le pathos sous des formes tolérables, encryptées. Et sans que cela devienne mécanique ou froid, elle en triche. Créatrice qui réfracte des corps sur la surface du livre, elle n’a ici pas la volonté de représenter un sujet donné. Ce qui l’intéresse, ce sont juste les corps, point. Ellee capture des images. Pas n’importe lesquelles, pas n’importe dans quelle position mais elles lui parlent, la bouleversent d’une façon ou une autre.
Dans une telle évocation, le corps du Veilleur est investi d’une matière vraie et vivante puisqu’il a traversé son être avant de sortir à la lumière, transformé. Alors, il y a la vérité de ces corps et aussi, peut-être, la cause du refus qu´ils provoquent. La vérité nue, même sous une apparence innocente, fait du bruit et surgit dans la subtilité d’une telle écriture où le pathos qu’elle contient échappe à la perception et ce, en affirmant qu’elle ne sait rien mais surtout l’essentiel.
Son livre reste sa quête afin de réussir la continuité absolue de la forme sur elle-même. Chaque texte est une ligne de conduite qui fait tout le parcours de l’image et ne s’interrompt jamais. En ce sens, un corps qui se continue dans un autre corps pour revenir sur lui-même, sans se séparer et restant, cependant, celui du Veilleur qui est. Le lire ici, cela fait vraiment du bien. Et plus la poète avance, plus elle devient ondine.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, Veilleur des Cendres et des Aurores, Editions Voix Tissées, coll. Passage obligé, 2026, 92 p. – 18,00 €.