Zofka Kveder, Sainte femme ta souffrance 

Zofka Kveder, Sainte femme ta souffrance 

La collection Le neuvième pays poursuit des traductions inédites de poètes de l’Europe centrale et de l’est, anciens comme contemporains. Elle est le fruit d’un travail partagé avec le traducteur Mathias Rambaud, qui fut attaché culturel à l’Institut Français de Slovénie à Ljubljana.

Née à Ljubljana, Zofka Kveder (1878-1926) grandit dans un foyer marqué par la violence paternelle et la religiosité maternelle. Sous ces deux jougs, très jeune, elle quitte sa famille et son « obligation »  à subvenir aux besoins de ses frères plus jeunes  par son travail.
Installée à Trieste puis à Prague, elle y publie ses premiers écrits, dont le présent recueil. À Zagreb, elle fonde la revue féminine Ženski Svijet et publie le roman Hanka (1918) dans lequel elle met en scène une mère infanticide.

Elle laisse une oeuvre variée comprenant nouvelles, romans, poèmes et pièces de théâtre, qui défend avec audace la critique de la morale bourgeoise et l’émancipation des femmes. Sa vie personnelle, marquée par des deuils et des divorces, se termine  par son suicide.
Ce recueil de visions naturalistes a été publié au tournant du XXe siècle. Il marque un féminisme qui prend ses ailes mais suscite moqueries et opprobres. L’auteure dissèque en pleine lumière la condition des femmes au sein d’une société façonnée par l’Église et la morale bourgeoise. « Les cloches sonnaient, elles résonnaient et bourdonnaient, leurs sons étaient courroucés, pleins de colère et de vengeance. / Ne les entendez-vous pas ? Ne les comprenez-vous pas ? », s’écrie la poète.

Elle met à nu des drames quotidiens, l’hypocrisie violente qui les organise. Son refus reste capital :  celui d’un destin féminin réduit à l’ombre de l’homme. Et elle revendique une égalité dans l’amour, et sans services et sacrifices.
Pionnière slovène du féminisme – première écrivaine à vivre de sa plume -, Zofka Kveder écrit ici offre un témoignage brutal sur la lutte pour la dignité. Malgré les opprobres qu’elle reçut, voici son message toujours actuel : «Je n’ai pas honte de chercher la vérité, aussi laide et repoussante soit-elle. »

Zofka Kveder,  Sainte femme ta souffrance, gravures de Zora Stančič, traduction et préface par Mathias Rambaud, Fata Morgana Editions, coll. Le Neuvième Payy, Fontfroide le Haut, 2026, 88 p. – 20,00 €.

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