Tutti frutti
Notre corps est près de nous, si bien que nous ne pouvons pas profiter de notre solitude. Il se cache derrière nous tout en construisant notre évolution biologique dont la mécanique fait l’économie de notre possible chaos. Mais nous nous affranchissons de lui et sa clandestinité. Certes, généralement nous réussissons à supporter sa présence. Le plus souvent, dans la simplicité voire dans l’austérité de sa jouissance jusqu’à dépasser nos espérances. Dès lors, il nous apprend ce qu’il nous faut pour ne pas nous perdre en méditation.
Pour lui, contentons nous d’inspirer le fond de l’air et surveiller sa respiration. C’est une attitude loyale même si nous ne savons pas toujours à quoi il sert. Mais nous devinons qu’avec lui la voix dépasse ce que nous disons parfois avec gentillesse, parfois en la négligence notre égoïsme. Celui-ci perçoit la sensibilité de notre corps quand il transgresse parfois les mesures de sa tranquillité. Mais plus il est lent, plus notre origine s’enracine à la source de notre végétation illuminée de hasards sporadiques sous forme d’évasion ou de renaissance. Elle enflamme sa part d’ombre même s’il n’a rien à dire de son monde intérieur et qui nous habite.
jean-paul gavard-perret
Photo : Eric Paratcha