Pierre-Yves Freund & Jacques Moulin, Regards

Pierre-Yves Freund & Jacques Moulin, Regards

Pierre-Yves Freund et Jacques Moulin créent une rencontre de deux regards. A chaque printemps, l’artiste recueille des pétales de fleurs de pavots qu’il cultive dans son jardin. Il place chacune d’elles entres des feuilles de cahiers. Il referme les feuilles en créant un réservoir de pétales qui, loin de la fraîcheur et de l’humidité, trouvent des formes inédites.
Ensuite, il photographie leurs empreintes. Elles deviennent l’origine de ses dessins qui sont accompagnés ici des textes de Moulin qui chantent la vibration colorée des images sorties de leur « sépulture antique ». Elles se lèvent de leur mort grâce à la patience de mains de Freund afin de réinventer des tremblements pour « rencontrer le temps » et lui redonner un sens. C’est là « une composition d’oùbli / Un temps retrouvé » précise le poète.

La douce puissance de l’approche de l’artiste en un alliage avec le poème produit des re-présentations qui reconstruisent le réel. En surgit une poésie plastique très minimaliste. Elle nourrit par les « anomalies » du séchage ce qui ne peut pas être vu a priori. Freund impose donc une nouvelle idée de l’image qui devient un signe. Il ne se déguise pas pour faire passer d’une immédiateté « naturelle » à ce qu’elle devient et que le créateur métamorphose.
Il provoque des instants renaissants par insurrection au-delà de l’effacement. Elle n’a rien d’une nostalgie. L’artiste crée une dialectique entre réalité et image par sa « fouille » afin qu’une autre représentation s’exhausse dans le génie du lieu vide de tout décor.

Fouiller l’image ne revient pas à en arpenter les dépôts mais à en exprimer une sorte refoulé pour ne retenir que des formes premières ou dernières. Le tout jusqu’à faire jaillir une sorte de négatif par l’archéologie de sa prise photographique puis dessinée.
Freund invente une excavation. Il cherche sans cesse à faire sortir du trou du réel, par les vagues subtiles de telles recréation, des images des « aîtres » : à savoir, des lieux de naissance de ce qui serait, tout compte fait, une image « mère » qui nous priverait de « re-pères ». Elle vit apparemment (et c’est une illusion) sans genèse a priori mais ses deux pères réinventent des merveilles en ce Leporello de riches heures.

Pierre-Yves Freund & Jacques Moulin, Regards, Leporello, Editions Territoires, 2026.

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