Ton présent confisqué – l’Attente
Tu as une urgence : l’attente. Et tes doutes. Suivant les jours, tes pensées vont à vitesses multiples comme pour pouvoir saisir et cerner l’absent par différents bords. Tu lui donnes pourtant tout ce qu’il a à voir, sentir, éprouver, penser, et agir. De fait, tes opérations se trament jusque dans son inconscient, son rangement de ses draps traversés par ton moyen de confisquer le présent. Ton lit devient l’invention du navire et jamais son naufrage. C’est de de ton amour qu’il s’agit, ta double invention de ce qui fait et défait le monde.
Et tu lances tes questions comme autant de directions. Tu sais doubler ta réalité qui remplace sa réalité. Tu deviens le passage et son livre, sa loupe. Tout ce qu’il ne voit pas, tu le fabriques en ton compost où s’insinuent ses rouages. Ta langue virtuelle parle en dessous, en dessus et le structure sans se faire voir. Il explore tes limites, mais tu décodes ses modes opératoires et transformes ses évidences. Tu le débordes dans l’entonnoir de tes yeux dont la vigilance détecte mensonges et vérités. Ta lucidité est alerte dans ta façon de vivre au milieu de ton amour qui découpe dans le réel. Sa surface est une profondeur et ton corps devient une langue plurielle. Tes phrases des flèches.
Ton œil vise et tes pieds dansent avec tout le vivant, qui croasse, aboie, veille, fleurit, pousse. Tu sens comme une tortue, tu écoutes la sonnaille des boucs. Ton amour creuse des trous, défait la démesure de toute choses que l’homme est devenu. Tu le recomposes au besoin de garrots mais tu te moques des frontières d’où partent les incendies. C’est toi qui devient levier pour donner la possibilité que l’homme bascule. C’est ta construction, ta lutte, ta façon de vivre, ta syntaxe. Ta vitesse est un lien contre l’attente. Tu sais qu’il tient à toi et que vous tenez ensemble, tout ce qui doit être tenu. Vous ne pouvez pas faire autrement. Il connait enfin sa langue – à savoir la vraie langue sismographe. Tu construis la victoire de ta vie. L’attente n’est qu’une passade. Avec lui, tu fais nous et tu redresses son sexe et ses mots.
jean-paul gavard-perret
Photo : Erwin Blumenfeld