Disparition de Franco Fontana
Né en 1933 à Modène, en Italie, Franco Fontana a très tôt cassé les codes de sa génération, notamment en imposant la couleur en photographie, à l’époque sacrée du noir et blanc. Cet autodidacte, devenu un technicien de la lumière hors pair, puis un professeur de photographie exceptionnel restera surtout reconnu comme précurseur d’une utilisation créative de la couleur dans l’image, jusqu’à nous entraîner dans des abstractions dans lesquelles l’esthétisme outrancier nous emporte ailleurs.
Au-delà de la vulgate qui ne veut retenir que l’abstraction, le réel compte bien plus pour cet homme du concret présent, avec ses arbres, ses maisons, ses labours, ses rivages, ses reflets. Que la prise de vue soit spontanée ou calculée, Fontana décontextualise les étendues qu’il a sous les yeux. Sans lieu identifiable, sans orientation, des lignes minimalistes et épurées qu’il trace avec la lumière, créent une géométrie singulière. La rigueur des compositions, le surlignage des contrastes, la pureté des flous embarquent par leur adresse directe aux sens. Et son minimalisme a renouvelé l’image photographique des paysages (champêtres et urbains).
Au jaune phosphorescent d’un ciel doré, répond le noir d’une mer de plomb. Fontana en devient joueur. Ses palettes lumineuses éliminent ou subliment ce qui doit l’être. Inspiré par les peintres Mark Rothko, Barnett Newman et Ad Reinhardt, mais aussi Paul Klee et l’Art informel d’Alberto Burri, Franco Fontana prouve une facilité déconcertante.
Entre ciel et terre, avec la mer pour horizon, au cœur d’une ville colorée et décatie, les paysages du quotidien ressuscitent tout à coup tels des autoportraits. Et l’artiste le précise : “Nous ne photographions pas ce que nous voyons, mais ce que nous sommes, car nous ne dévoilons au monde que ce que nous portons en nous, et nous avons besoin du monde pour le découvrir et le restituer tel que nous voudrions qu’il soit ».
jean-paul gavard-perret