Philippe Arseneault, Ma sœur chasseresse
Quand une lucidité féroce rejoint l’érudition…
Après plusieurs années à vivre en Chine, Roé Léry, revient au Québec. Il veut faire la promotion de son roman, un livre qu’il a écrit pour faire un coup d’argent. Mais, il l’estime très médiocre. Il est écrit en franglais pour satisfaire aux goûts du gotha montréalais. Contre toute attente, ce livre déclenche un engouement médiatique démesuré. En entretien, le romancier affiche un dédain belliqueux vis-à-vis des Québécois. Il déverse son fiel sur tout ce qui bouge jusqu’à une rencontre avec Catherine Tremblay, doctorante en histoire, obsédée par la mémoire. La nuit, elle est masseuse érotique. Elle va entrainer Roé Léry à la recherche du cœur disparu de Jeanne Mance, la cofondatrice de Montréal.
Cette quête va les emmener dans des cryptes verrouillées, des monastères oubliés. Ils vont devoir assumer des combines politiques, des trafics patrimoniaux. Ils se confronteront aux souterrains physiques et moraux de la ville jusqu’à un dénouement aussi spectaculaire qu’inconfortable sur le pont Jacques-Cartier…
Usant d’un humour décapant, provocateur, Philippe Arseneault fait preuve d’un talent fondé dans la narration et dans la construction de dialogues. Il capte les contradictions d’une époque, celles d’une société en mutation, avec une écriture sans filtre, brute. Avec ce roman qui tient à la fois du polar historique, de l’histoire d’amour, il marie une culture érudite tant en histoire religieuse qu’en littérature. Mais il n’hésite pas à employer l’argot des bas-fonds pour dynamiter le politiquement correct.
L’auteur invite à vivre une aventure pittoresque où une histoire d’amour brisée, un cœur saint conservé dans du formol, une ville en crise identitaire se répondent dans un même mouvement.
C’est enthousiasmant, c’est jubilatoire tant le récit mêle joyeusement les genres et les sujets. Le couple de héros, bien que l’élément masculin soit plutôt repoussant tant il était arrogant au début, est attachant. L’humour, très présent, emporte l’adhésion.
serge perraud
Philippe Arseneault, Ma sœur chasseresse, Québec Amérique, coll. Littérature d’Amérique, mai 2026, 352 p. – 21,50 €.