Jean-Michel Devésa, Cadavérée

Jean-Michel Devésa, Cadavérée

Jean-Michel Devésa est en train de construire une œuvre romanesque qui, tout en se référant toujours à une « anecdote » vécue ou dont il a été le « témoin », prend soin de la situer dans l’Histoire : aussi n’occulte-t-il jamais comment son ressort – la lutte des classes – rejaillit sur l’existence des personnages qu’il campe. Il s’applique à une exploration poétique et continuellement distanciée du réel. À l’université, il était spécialiste de littérature française. Il est président de l’Association Jacques Abeille, membre des jurys du prix Sade et du prix Les Afriques, membre du comité de sélection du prix du Roman des Romands (en Suisse)..

Au milieu des années 1990, Jean-Marie Dupré devient le « porteur de valise » de Salomon Spavento, coqueluche des lettres francophones, lequel a consterné ses soutiens internationaux en s’affichant à la sortie du monopartisme aux côtés d’un leader d’opposition messianique. Ce faisant, Spavento est détenteur d’un douloureux secret : il a contracté une maladie incurable et il en a contaminé Myrrha, sa compagne. À l’approche de l’inéluctable, Dupré ne saisit pas ce que celle-ci lui confie, à savoir qu’elle sera sacrifiée au mysticisme de son époux. Trois décennies plus tard, il tente d’élucider pourquoi il n’a pas perçu la vérité qu’il avait sous les yeux ni tenté de déchiffrer la réserve de Ruben Melchior à l’endroit de Spavento dont il fut le mentor.

Il n’a pas compris, d’une part, que les maladies, les épidémies et les pandémies faisaient symptôme : la peste, le choléra, le cancer, le sida et la covid renvoient les humains à ce qui les ronge et les épuise au sein des rapports de domination Et il a été, d’autre part, « bigleux à ce qui lui crevait les yeux, ne saisissant pas les enjeux sinistres et tragiques du méchant théâtre dont il a été un figurant ».
Cadavérée est donc le roman de son aveuglement – un aveuglement sur lequel il ne s’accable pas car il lui a permis de s’avancer sur la corde raide qui conduit aux autres. Dans son théâtre narcissique – une extravagance de plus, un divertissement pascalien, un goût de déjà-vu –, un tel héros pour sa possession désarme la tendresse : aucune affection, de l’illusion cinglante. Il éventre des certitudes naturelles. Parfois bouc émissaire des échecs, il essuie les reproches évidents partiaux Quant à sa sexualité, elle ne se lève dans l’imaginaire des bêtes aux sabots durs explosés au bord frais du lavoir.

Jean-Michel Devésa, Cadavérée, Le temps des Cerise, 2026, 120 p. – 12,00 €.

Laisser un commentaire