Serre vice
(Hic ! et nunc ?)
Son parfum capiteux cache les affres du néant et la violence du vide. Cueillir un baiser sur les lèvres fait battre le cœur, lorsqu’elle mime le sentiment en obéissant au zèle de l’égaré. Ce n’est pas la faute d’une femme de papier mais d’une consciente de ne rien dire – juste écrire par son rose à lèvres d’encre si sympathique. Cette force muette et expressive devient une construction qui distrait le chaos. Le ciel de sa bouche ramène sans doute à des temps révolus.
Nous voici érudits et chevaliers, parce que c’est sur ses lèvres que nous fondons un peu de grandeur, d’excellence et surtout d’espérance en ce feu de paille, cette flambée d’illusion. Une telle rhétoricienne aphasique crée néanmoins l’élan du cœur où résonne la passion de l’océan. Sa chaleur est disponible mais Orphée se tait. Son silence est la brioche que mange moins le savant que l’amoureux capable de vivre d’un échange presque par métaphore, à l’abri du canon d’une passion toujours aussi enivrante qu’alcoolique.
jean-paul gavard-perret
Photo : Frank Horvat