Pierpaolo Brunoldi & Antonio Santoro, La Prophétie de l’ombre L

Pierpaolo Brunoldi & Antonio Santoro, La Prophétie de l’ombre L

En 1266, Bonaventure d’Iseo arrive au couvent de Mantes, près de Paris, pour rencontrer maître Marcas. Il connaît bien cet inquisiteur qui avait osé lui infliger la torture, à lui, moine franciscain. Il est question d’un ouvrage considéré comme maléfique qui finit dans la cheminée. Mais Marcas veut en savoir plus et Bonaventure comprend que le moment est venu de révéler une partie de l’histoire.
Celle-ci débute en Toscane en 1214. Bonaventure est moine dans l’hôpital d’Altopascio qui se trouve sur La Via Francigena, dans la région de Lucques. Il utilise ses connaissances des plantes pour soulager malades, blessés et pèlerins. Parallèlement, sa curiosité scientifique le pousse à expérimenter. L’arrivée du Légat du pape complique la situation car celui-ci entend faire appliquer un strict projet du pape qui veut éradiquer de l’Église toutes pratiques magiques ou alchimiques.
Soudain, des hommes armés font irruption, amenant Giacomo blessé. Il accompagnait François et révèle que celui-ci est en danger, qu’il est prisonnier. Bonaventure s’engage alors dans une quête pour retrouver son mentor, un voyage qui l’amène en France, jusqu’à Montségur, la fameuse forteresse. Mais tout s’emballe quand il découvre une mystérieuse relique, associée à une prophétie qui remet en cause les fondements même du pouvoir ecclésiastique…

Les auteurs installent une fiction littéraire dans un cadre historique réaliste combinant avec maestria une aventure médiévale, une enquête religieuse et une quête initiatique. Le décor est ce XIIIe siècle qui offre un contexte riche et fascinant. L’Europe est sous emprise, dominée par l’autorité de l’Église. Or, celle-ci est en bute à l’émergence de courants qui, sans remettre en cause les croyances, prêchent pour un retour aux évangiles.
François depuis Assise, veut créer cet ordre mendiant et installe dans la première règle de vie des frères : la pauvreté, la chasteté, toutes choses bien éloignées de la vie des prélats. C’est aussi le courant cathare qui prêche dans le même sens. Si Innocent III est considéré comme un grand pape, il est aussi celui qui a lancé la croisade contre les Albigeois, qui n’a pas hésité à lancer des guerres contre tous ceux qui s’éloignaient de l’orthodoxie de l’Église romaine, les déclarant comme hérétiques.

Le personnage principal est un moine authentique, Bonaventure d’Iseo, un franciscain érudit connaissant les plantes médicinales. Il est attiré par la science de l’époque. Il est sans doute l’auteur du Liber Compostille, une encyclopédie rassemblant toutes les connaissances en matière d’alchimie. Cela lui vaut une réputation dangereuse dans climat d’intolérance religieuse et de montée de l’Inquisition.
Autour de la mouvance cathare, l’intrique développe de nombreux sujets comme l’influence grandissante de l’inquisition, l’émergence des Franciscains et de l’idéologie qu’ils portent. C’est aussi l’exploration des rivalités entre les courants religieux, les tensions entre la recherche, le goût du savoir et le dogmatisme catholique. C’est ainsi que le légat reproche à Bonaventure de soigner les malades car les souffrances, comme les joies, viennent de Dieu. Les contrer, c’est aller contre Sa volonté. Le dogme n’a guère évolué depuis 1214 !

La Prophétie de l’ombre est un roman historique érudit et envoûtant. Son intrigue est riche en rebondissements, retournements de situations, avec un héros attachant. De plus, Pierpaolo Brunoldi et Antonio Santoro réussissent une précieuse reconstitution de l’époque. On ne peut qu’attendre avec impatience la traduction de leurs autres ouvrages historiques, une traduction remarquable.

Pierpaolo Brunoldi & Antonio Santoro, La Prophétie de l’ombre (La Fortezza del castigo,) traduit de l’italien par Sabine Mille & Stefano Palombari, Le cherche midi, septembre 2026, 432 p. – 22,90 €.

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