Nadja, Lettres à André Breton, Suivies d’autres textes et dessins
Jeux de miroir
En piège d’amour, Nadja fut une perle. Breton l’a (ré)inventée histoire d’or, histoire d’amour. Fou. Chaude devant. Et la folie dedans ? Entre renaissances et sénescences. Cela ne mange pas de pain avec un tel personnage de rêve et épreuve du surréalisme incarné dans une jeune femme médiumnique. Breton scruta en elle « une idée limite ». Voire. Le sphinx l’écrit comme à l’oreille, douée pour entrouvrir les portes de l’occultisme bien plus que de l’érotisme.
Breton laisse entendre beaucoup de chose mais ses aperçus des vertiges tiennent d’une immolation pratique en jouant de divers angles. Il existe des lettres entre eux : elle, une « génie libre », médiumnique l’autre qui erre dans les dédales approximatifs de l’amour. Bref, c’est du Breton, du brave et il fait ce qu’il peut tout en se brillantinant du blason.
L’amour est vaguement son affaire mais Nadja sauve les meubles. L’un envoûte l’autre – mais qui ? C’est une guidance vague dans l’océan des signes. Face à sa Pythie, l’autre fait pitié en marcheur de Paris occupant une place réelle et non métaphorique. Avec le temps, il reste un cadavre exquis. Homme de pierre d’Hausmann , Orphée plus de Flaubert que de Gustave Moreau, baiseur approximatif il a su faire ici l’économie de toute polémique sur la responsabilité de sa papauté.
Mais la jeune femme n’est pas soufflée. On prête des causes extérieures, circonstancielles à sa folie. La consommation de drogues ou le stress donne toutefois à son état moins de fragilité que de force. Exit néanmoins au-delà de Breton et de tels écrits le malentendu ravageur d’une telle femme. Nadja est reconstruite poétiquement loin des limites des garde-fou. Breton reste malgré tout sa sauvegarde et il a su ne pas trop y toucher voire pas de tout. Là sa folie du sage…
jean-paul gavard-perret
Nadja, Lettres à André Breton, Suivies d’autres textes et dessins, édition établie et présentée par Olivier Wagner, Gallimard, août 2026 – 22,00 €.