Mathias Lair, Plagiat, mutisme, extase, etc.
Labile habile
Sous ce titre accrocheur, Mathias Lair propose ce qu’il nomme son « journal romanesque ». Il s’interroge d’abord sur sa manie d’écrire et sa vie conjugale puis tombe sur un livre qui lui inspire un roman à écrire.
Dès lors, il taira le nom de l’auteur, car il risque de le pasticher, peut-être même le plagier – sans en avoir le dessein, bien sûr D’ailleurs et surtout, il se surpasse car ce livre racine fait jaillir un flot de questions pour scruter la jouissance de l’écriture même si l’auteur caché, fin limier, estime l’ignorer par hypocrisie afin pour garder le secret pour lui seul.
Mathias Lair – non seulement écrivain prolifique, psychologue clinicien et psychosociologue – sait mettre ses mots sur «l’orgasme littéraire » dont il multiplie de tels moments extatiques et sur-sauts de diverses positions. Bien plus qu’un homme de goût, tout auteur (et lui en premier) est tout sauf un possible veuf joyeux, un ténébreux ou un inconsolé (malgré son penchant pour Nerval).
Il connaît le monde de l’écriture et, par le biais de ce livre, exit tout freinage ou pusillanimité pour dans l’écriture. Elle devient – pour stopper toute régression. Et après tout, « le sacre du nombril » est la condition sine qua non de « faire l’écrire » comme on fait l’amour.
Mais il sait que les récepteurs et topiques créent parfois des chausse-trappes. Toutefois, de son possible génie, Lair ne se limite pas à des échantillons. Fier de ses labyrinthes,il propose aux lecteurs de profitables culbutes, manière de provoquer des prouesses bénéfiques aux rayonnements agoniques et modèles théoriques des écrivains ratés et dont il est l’inverse absolu.
jean-paul gavard-perret
Mathias Lair, Plagiat, mutisme, extase, etc, Editions Sans Escale, 2026, 100 p. – 15,00 €.