Marion Montaigne, Space Montaigne
Les coulisses de l’album dans la combi de Thomas Pesquet
Marion Montaigne est installée durablement dans le Neuvième Art depuis sa série particulièrement humoristique Tu mourras moins bête. Celle-ci s’est déclinée en un dessin animé diffusé sur Arte avec François Morel prêtant sa voix au professeur Moustache. Puis, elle a édifié un beau succès avec Dans la combi de Thomas Pesquet (Dargaud, novembre 2017) vendu à 540 000 exemplaires où elle décrivait la vie d’un cosmonaute pas encore aussi célèbre. Cet album a fortement aidé à le faire connaître et il a su prendre la lumière.
Marion Montaigne a voulu, dès la sortie de l’album, raconter toutes les situations folles qu’elle a vécues en suivant Thomas Pesquet. En effet, après avoir fait sa connaissance dans le studio où elle dessinait, elle l’a accompagné à Baïkonour au Kazakhstan où se trouve le site de lancement, à Houston dans des locaux de la NASA, à Moscou, à Cologne au centre européen d’entraînement, à Paris pour des rencontres, des conférences…
Avec humour et autodérision, elle expose son immersion dans le monde des astronautes sur les pas de son guide. Elle expose les mois de documentation en interne ou en externe, les voyages pendant lesquels elle rassemblait des données, des faits, des incidents, des anecdotes, pour structurer son album. D’ailleurs c’est ce travail approfondi, entre autres, qui a fait le succès de l’album. Si elle documente l’aventure spatiale, elle parle également ce qui lui est arrivé. Elle se raconte ainsi, sans fard et sans filtre, mais toujours avec humour et drôlerie, voire un second degré. Elle évoque ses réticences, ses crises d’angoisses, ses doutes, ses gaffes, ses nuits blanches, son autodépréciation, se transformant en boule de stress face à ce personnage qui se montrae imperturbable en toutes circonstances.
C’est la découverte de tout cet univers, les entraînements physiques, les protocoles, les simulations sur Soyouz, la découverte du métier d’astronaute avec cette discipline extrême, les répétitions, les préparations mentales… Tout ceci amplifie ses propres crises de peur : se sent-elle capable de le mettre en œuvre, en images, de le montrer tel qu’il existe, de réaliser une vulgarisation scientifique en mêlant humour ?
Le graphisme de Marion Montaigne est l’un des moteurs narratifs de l’album. Ses traits nerveux, expressifs, efficaces, allant à l’essentiel pour servir l’humour et son introspection. Elle installe instantanément ses émotions, mêmes les plus extrêmes. Elle montre le décalage entre elle et ses névroses, et lui, calme et méthodique.
Ce récit documentaire est très personnel, une autobiographie humoristique, où l’auteure expose ses doutes, ses gaffes et ses cascades émotionnelles. Absolument remarquable !
serge perraud
Marion Montaigne (scénario, dessin et couleurs), Space Montaigne, Dargaud, coll. Charivari, mai 2026, 168 p. – 25,95 €.