Pierre Samson, L’irréparable
Que peut-on réparer quand…
Eugène Rolland est paléographe, spécialisé dans les écrits anciens et les faux manuscrits. Il approche de la soixantaine et pense vieillir sereinement, ayant encore de belles relations. Son amie Régine Rosenstein, la directrice du département de l’université où il travaille, est remplacée par une dame qui n’apprécie pas Eugène. Mais la réciproque est vraie.
Aussi, dès qu’elle le peut, elle le remplace par une professeure plus jeune. Cette déconfiture professionnelle est vécue avec un profond sentiment d’injustice. Convaincu d’être victime d’un complot, il se lance dans une enquête sur laquelle il perd vite tout contrôle, qui devient obsessionnelle et l’amène à perdre pied. Ce qu’il veut réparer va se révéler… irréparable…
Avec ce nouveau livre, Pierre Samson explore plusieurs thèmes qui se conjuguent, se confrontent, se fondent et sont source d’obsession. C’est le vieillissement, inéluctable, qui amène à prendre conscience de l’obsolescence à la fois de l’esprit et du corps. C’est le cheminement d’un intellectuel cultivé, compétent, qui se sent déclassé. En effet, la vieillesse n’est pas que physique, elle l’est socialement, professionnellement et symboliquement.
Le romancier dissèque la violence sans bourreau des institutions qui appliquent des procédures, qui valorisent des nouveautés et finissent par produire une dépréciation humaine. Or, cette violence est terrible car elle est froide, administrative, anonyme, sans états d’âmes et si destructrice. L’obsession et la lucidité génèrent un poison qui est un des moteurs narratifs du livre. C’est aussi la perception de soi, quand son identité est définie par son métier, son expertise, son rôle. La perte de l’emploi amène la perte de soi.
Il évoque, avec l’homosexualité de son héros, la peste gaie et les ravages qu’elle a provoqués dans cette population.
Les portraits sont détaillés, précisant tous les aspects des protagonistes, qu’ils soient physiques ou psychologiques, révélés par les expressions ou la gestuelle.
Ce récit est conté avec une verve fabuleuse, une analyse sans fards des situations, mais avec une profondeur de regard et d’appréciation du contenu de l’équipée. On est emporté par une sorte de logorrhée écrite qui installe une pression, qui pousse à continuer sans cesse par un défilement des idées et des raisonnements.
serge perraud
Pierre Samson, L’irréparable, Héliotrope, mars 2026, 280 p. – 20,00 €.