Margherita Guidacci, Neurosuite suivi de Le Vide et les Formes

Margherita Guidacci, Neurosuite suivi de Le Vide et les Formes

Neurosuite, publié en 1970 en Italie par Margherita Guidacci à l’âge de 49 ans, est une sorte de Journal de naufrage, lors de dix mois de récent internement. Il est complété par Le vide et les formes (1977) qui commente, profondément, la (petite) victoire de l’art même sur la folie.
Jaillissent des états intérieurs peu vivables dont déborde le parapet des paroles cruelles qu’on ne peut plus taire. La peur, la terreur « se couche contre les portes que je voudrais ouvrir et se glisse en rampant sous celles que je voudrais garder closes » écrit l’auteure. S’ensuit la confusion, l’égarement où sonnent cloches du diable, et où « la main de l’âme presse l’oreille de l’âme », chassant l’humain pour « attirer des bêtes fantômes ».

Ensuite arrive l’effondrement où « le dernier débris devenait pas seulement la matière qui s’effondre, mais l’acte même de s’effondrer, le vent de la force qui nous secouait, l’espace où cela avait lieu … » en une sorte de volonté à l’agonie. La voici « vidée d’âme, « toujours attachée au même point ». L’auteure fixe ici son portrait stupéfait comme « commandé à un peintre abstrait » où se perdent symboles et réalités voire une magie. « Vous êtes en mer, sauvez-vous à la nage ! », dit un de ses docteurs tandis qu’un autre se veut récolteur des morceaux du sort de sa cliente.

Mais elle comme les autres soignés « regardent leur corps avec stupeur et oppression ». Ils possèdent mal ce qu’ils sont. La poète tente pourtant de formuler « les grossières acrobaties » du couple âme/corps qui l’entraîne et la déchire mais son être est tari, ne pouvant maîtriser les causes et raisons de son état,
La folie devient une « inévitable fidélité au pire », une défaite programmée , mais elle a guéri. Rejetant loin d’elle l’irréelle « couverture » qui devenait son « suaire ». Elle éprouve certes sans doute la peur qui devient anonyme. Le mal que l’esprit se fait à lui-même dans la folie trouve un net remède dans l’art encerclant et calmant l’étrangeté de l’esprit. D’où une forme de réussite plus ou moins concrète dans ce périple éprouvant et passionnant qui lui permet de s’en sortir en issue de secours par la beauté de l’art.

Margherita Guidacci, Neurosuite suivi de Le Vide et les Formes, traduit de l’italien et présenté par Gérard Pfister, Arfuyen, 2026, 300 p. – 20,00 €.

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