Linda Tuloup & Yannick Haenel, Il faut de l’eau, de la pierre et du feu
Corps de pierre, vulve, volcan
Au sein de la photographie érotique, Linda Tuloup Céline poursuit sa quête paradoxale. Ici, le corps féminin se métamorphose en pierre et la pierre en féminin de l’être et plus particulièrement : « vulve et les plis de l’aine : ce sexe féminin abrité en secret depuis le Paléolithique, et dont les spécialistes affirment qu’il est contemporain de Lascaux ». Il est à la fois « le lieu vers lequel converge cette narration poétique, et son événement « , précise Yannick Haenel.
Ici, l’eau découle de la vulve de pierre, c’est l’histoire de la source première. L’artiste s’y désaltère. La pierre devient sexe et icône où le modèle de Linda rehausse son exhaussement. Et l’artiste posant la question ;:« Est-il possible d’accorder sa vie à une scène immémoriale ? », elle y répond par oui évidemment : par son existence et son art. L’humidité devient alors quasi mystique. C’est dans ce lieu qu’il faut nous ressourcer et d’une certaine manière se réengendrer. Devenant biblique comme Saint Pierre, Linda monte et montre la cathédrale sublime.
Chaque fois, elle se détourne du cliché pour aller comme au-delà de la nudité. Et le corps nu presque primitif prend une valeur suprême. Entre pierre et femme se découvrent des reflets dérobés et cette série de photographie ne met jamais du fétiche dans le fétiche. La menace de la disparition existentielle du corps nu se pare d’empreinte rupestre et ineffaçable dans un travail d’empathie et d’amour. Linda Tuloup permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est de la trace par un langage qui multiplie la prise première. Par effet de surface, elle s’enfonce vers le sujet au besoin met presque les doigts dedans, dessous.
Ce travail en une forme de simplicité préside à la sophistication. Et pour la créatrice, aborder l’intimité des femmes revient à photographier la peau sacralisée là où se crée non seulement un nouveau « Female Trouble » mais la renaissance lustrale qui survalorise la formule de Valéry : « ce qui est le plus profond dans l’être, c’est sa peau ». Loin du glamour du nu basique, la créatrice est une photographe en sens plein du terme. Mais pas seulement. On voit ainsi combien la frontière de toute peau féminine (pierre et femme) est habitée de feu. C’est un symbole et une invitation pour un rituel originaire.
jean-paul gavard-perret
Linda Tuloup & Yannick Haenel, Il faut de l’eau, de la pierre et du feu, Editions André Frère, 2026, 120 p. – 29,00 €.