Laure Limongi, L’Invention de la mer
Chérir la mer et ses langues
Le titre du livre Laure Limogi est à lire comme l’invention de la mer par elle-même. Dans le contexte de son récit, il s’agit d’une réinvention après une catastrophe environnementale et sociale. La communauté du vivant semble repensée de manière non hiérarchique, entre humains, animaux et autres formes de vie. Dès lors, ce livre devient une utopie politique et une fable critique.
Violeta a un rôle équivalent à celui des personnages étrangers servant de miroir à la société occidentale, caractéristiques d’une certaine littérature du XVIIIe siècle. Ses questions faussement naïves, ses remarques nous invitent à tâcher d’abandonner le voile d’habitude qui couvre nos yeux pour regarder vraiment certaines absurdités.
Mais la vie trouve le moyen de continuer, de se renouveler par la vivacité de la création là où la collaboration entre êtres vivants et le partage des ressources sont la condition de notre survie, « ce recueil de récits chimère en est l’incarnation », dit-elle. Le personnage de Violeta est celui de Violeta Parra (1917-1967), haute figure de liberté et de détermination. Et dans L’Invention de la mer, l’auteure Violeta a ainsi le même patronyme que Huma, personnage de On ne peut pas tenir la mer entre ses mains.
Entre roman, conte, essai et poésie, ce récit est teinté de mythologie et devient polyphonique pour, dit-elle, inventer « ce qui serait une écriture crustacée, céphalopode ou cétacée impliquait d’imaginer de nouvelles formes possibles. Les unifier n’aurait donc eu aucun sens. Je l’ai aussi pensé comme un geste politique, une ode à la diversité sensible ».
Telle est la plus juste définition d’une telle oeuvre importante là où les langues s’adaptent à la réalité de leur milieu mais aussi à la gourmandise afin d’explorer différentes langues et d’en imaginer de nouvelles version performée de L’Invention de la mer.
jean-paul gavard-perret
Laure Limongi, L’Invention de la mer, Le Tripode, 2026, 240 p. – 20,00 €.