Xavier Dorison, Louis-David Delahaye & Joël Parnotte, Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc

Xavier Dorison, Louis-David Delahaye & Joël Parnotte, Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc

Jeanne d’Arc est la femme médiévale la plus illustre. Elle a donné naissance à une bibliographie pléthorique relative tant à ses voix, son implication politique, ses exploits guerriers que son procès. Or, celui qui l’a mené au bûcher, s’il est devenu l’homme le plus détesté de France pour des siècles, reste toutefois peu connu.
Xavier Dorison et Louis-David Delahayeont ont choisi de scruter en profondeur le personnage, la façon dont il organise et mène le procès.

Pierre Cauchon est, entre autres titres, évêque de Beauvais et premier conseil du duc de Bedford. Il est au service d’Henri VI, ce roi d’Angleterre qui a conquis tout le nord de la France avec la complicité du clan Bourguignon. En 1430, il est à Rouen, occupé à des tâches bouchères. Isambard, tout juste devenu secrétaire, lui annonce que Jeanne d’Arc a été capturée près de Compiègne. Elle est détenue par le comte Jean de Luxembourg. Cauchon veut être celui qui annonce cette capture à Bedford. Ce dernier le charge de négocier le rachat de la jeune femme et, quand tous les conseillers veulent l’écorcher, lui crever les yeux, la brûler, lui veut l’épargner… pour la juger. En effet, il estime que si elle est tuée, elle deviendra une martyre alors qu’un jugement la désignera comme une hérétique.
Il rachète la Pucelle et se bat pour organiser un procès qu’il veut inattaquable, réunissant la fine fleur de la théologie. Mais, au fil des jours…

En choisissant de montrer le procès de Jeanne d’Arc par celui qui l’organise, le pilote, les auteurs font preuve d’une authentique créativité. Ils le montrent tel que ses attitudes consignées dans les documents de l’époque le font percevoir, ambitieux mais aussi légaliste. Il met un point d’honneur à respecter les procédures pour que le jugement ne donne pas lieu à contestation, soit entaché de ce qui se nomme, aujourd’hui, des vices de forme. Ce que celui-ci n’avait pas perçu, c’est la pugnacité de cette petite paysanne qui tient tête à soixante-dix lettrés rompus à l’art de la rhétorique.
Ce scénario appuyé sur une documentation historique, sur les écrits relatifs au procès, s’autorise cependant quelques éléments de fiction comme l’ajout d’un personnage féminin d’une grande beauté.
Bien que médiéval, ce procès fait écho à des préoccupations très modernes. C’est un procès biaisé, éminemment politique, qui fait penser à nombre de ceux qui se sont déroulés sous les régimes communistes, sous les dictatures où il faut, sous une apparence de légalité, condamner les opposants. Ce sont les procès qui se déroule sous poutine, par exemple.
Et au fil des audiences, l’attitude de Cauchon évolue, proposant même des solutions pour éviter le bûcher.

Joël Parnotte assure dessin et mise en couleurs directes. Ce créateur hors normes offre une suite de planches absolument remarquables, d’une beauté éblouissante tant pour la mise en scène des protagonistes que les décors. C’est fabuleux. Il restitue l’intensité des affrontements, les ambiances des différentes phases du scénario. Il ose des vues assez frappantes. Le travail sur les costumes, les cadres immobiliers, sur le mobilier, les accessoires, est sans conteste, d’une grande précision.

Avec cet album, ce livre-objet plutôt, les auteurs assurent un récit captivant et un graphisme spectaculaire. Il est le fruit d’un travail conséquent et d’un choix éditorial qu’il faut souligner de la part des Éditions Dargaud. Si vous ne voulez acquérir qu’un album cet année, ne cherchez plus. C’est celui-là.

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Xavier Dorison & Louis-David Delahaye (scénario), Joël Parnotte (dessin et couleurs), Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc, Dargaud, avril 2026, 176 p. – 35,00 €.

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