La faim du cinéma

La faim du cinéma

Figurer, c’est tisser des voies, des fils entre visions de guerre, des prophéties et des images vernaculaires. Entre l’enfer, le purgatoire et le paradis, Dante les reprit en « imageant » des traversées lointaines de Virgile à Homère, hypostasiant Joyce et surtout Godard inspiré par Nietzsche. L’art de l’image du cinéaste perce à jour les faits et causes de la violence. Ce fut sa préoccupation majeure et il regretta à maintes occasions l’absence d’images à même de figurer la rupture que représentent toutes ses civilisations du monde dans la Seconde Guerre mondiale.

Il n’eut de mépris pour rien, participant du passé ou de l’avenir jusqu’à l’émergence de sa physique quantique au milieu les ténèbres du déterminisme froid. Il préféra aux plans larges des génériques aux gros plans pour radiographier les intériorités des visages et les objets du monde. La projection de l’image dès les frères Lumière faisant voir l’invisible, le mouvement, Godard créa de nouvelles formes, de nouvelles sortes d’invisible.
Son cinématographe (inventé par Manet souligne Godard) a surgi des profondeurs, autant sur une tourbière de « Week-end » ou sur le tournage de « Un gai savoir » et d’ « Un film comme les autres » où « Fin de Conte » et « Fin du cinéma » sont inscrits au générique du film.

Pour lui, la mort du cinéma n’est rien d’autre que le renoncement aux formes du montage. Godard le cribla pour faire jaillir l’insu et l’invisible bien plus que dans les gros plans de Griffith, Dreyer, Ozu, Bergman. Changeant sa nature, Godard a ouvert le filmique sous le mixage de la parole, de l’écrit, de la musique.

Photo : Norman Parkinson

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