Milo De Angelis, Ligne continue, ligne brisée
Ecole du regard
Milo De Angelis est l’une des figures les plus passionnantes de la poésie italienne des dernières décennies. Aux éditions Nous, après « Thème de l’adieu » (2010), « Ligne continue, ligne brisée » peut se lire comme un dialogue avec les spectres du passé, avec l’enfance, avec les morts. La ligne qui donne son titre au livre fait référence au Yi King, le « Livre des transformations » : c’est celle de la vie, brisée par la souffrance, la mort, le destin.
La langue de Milo De Angelis crée une sorte de tension retenue, et se caractérise par une tonalité très spécifique : tout semble absolu, et tout est à la fois très localisé, rendu concret par la précision des perceptions et des descriptions, par des détails qui éclairent comme par éclats fulgurants.
Par exemple, d’un balcon du dernier étage, « tu regardes maintenant la ville nocturne, l’enfilade des gratte-ciels qui ressemblent à une barrière de corail ». Dans le tram, « tu observes la course des fils et, en bas, l’asphalte mouillé, tu regardes ta montre, tu salues le chauffeur et, avec la paume de la main, tu effaces la buée de la vitre, scrutes les spectres qui courent sur les rails ».
Là où le quotidien est opaque, le poète, sans emphase témoigne de sa puissance par son regard de frontalité et par le tranchant des scènes racontées. Sobres et intense, les poèmes sont les méditations de l’ordinaire, à la rencontre des figures et des fantômes qui peuplent le passé et l’aujourd’hui.
jean-paul gavard-perret
Milo De Angelis, « Ligne continue, ligne brisée », traduit de l’italien par Yves Léauté & Roberta Palasciano, Postface d’Alberto Russo Previtali, Édition bilingue, Nous éditions, 2026, 176 p. – 18,00 €.