Joël Mansa, Debout sur la terre suivi de La lessive d’or du couchant
L’être, le monde et sa matière
Dans ces deux ensembles, Joël Mansa poursuit en piéton du monde son inexorable recherche sillonnée de lassitude et de lumière par des chemins étroits. Héritier de Jean-Luc Maxence auqel il publie en quelques vers un hommage décisif : « Je le vois toujours à contre ciel / Je le vois, avec moi, dans l’outre-peine du monde », écrit-il. Et il luidédie son livre où il dit très justement que ce qui reste de l’Histoire, c’est la poésie.
Pour Joël Mansa, l’acte de créer est irrémédiable ; il est l’essence de l’humanité, assis sur le tas de ruine du monde cherchant ça et là un carrousel pour enjamber un cheval – fût-il de bois – afin de tenir l’impulsion du rythme, à l’appel de sa poétique.
L’acte de création ici est solitaire, et n’est pas non plus sans peine, sans douleur, mais la publication de ses livres est aussi une fête et l’arrachement à un état où l’auteur est identique à la mer, au ciel, à la terre, et à bien d’autres forces vivantes sans jamais s’enfermer dans le moi social de l’écrivain.
Sa vision est dans le « frontispice » du livre : « Assez de jongleries de formule, d’artifices de syntaxe, il y a maintenant à trouver la grande loi des cœurs » (Antonin Artaud). Ce livre devient un appel depuis le milieu des temps. Depuis le lieu précisément où Mansa s’est d’installé dans le « drame » (dirait Novarina) de l’écriture pour lutter contre les découragements et les vieilles fureurs.
En ce sens, Mansa reste prophète dans sa dimension autobiographique élargie et Heidegger lui-même est révisé. Et si parfois son ami Jean-Luc Maxence était poète de la Perdition, la dimension apocalyptique est remplacée par le prophétique contre les larmes et les cimetières. Contre toute attente il est, dans la matrice autobiographique de ce livre, et dans la langue qui répond à l’apparition de rester plus qu’un témoin, un vivant. Et c’est aussi et surtout un témoin de la langue.
Contre la tragédie constitutive et dans l’affrontement et le déchirement, les textes tiennent contre la folie finale et contre la lignée de la race mal dite des lucifériens. Bref, Mansa à sa manière est un ange dans l’ici-même. Ici reste l’espoir que la poésie puisse offrir un écrin plus juste face à l’expérience de la déshumanisation. Bref, un dicible est possible ; un dicible poétique qui institue le partage entre l’humain et le non-humain, entre une vie digne d’être pleurée et donc protégée, et une vie qui ne vaut rien et peut être tuée. Reste d’humanité là où nul n’en est exclu.
jean-paul gavard-perret
Joël Mansa, Debout sur la terre suivi de La lessive d’or du couchant, EditionsUnicité, coll. Poètes francophones planétaires, 2026, 134 p. – 14,00 €.