Guillaume Decourt, Harmonica, etc.
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Guillaume Decourt poursuit une œuvre poétique où ses poèmes se font aussi narratifs qu’évocateurs tout en éliminant toute propension lyrique. Ils deviennent des vignettes paysagères et habitées de divers lieux du bassin méditerranéen de la Grèce en Israël. Cela permet de retrouver son parcours existentiel et les siens géographiques, le tout dans une magie verbale pour évoquer, entre autres, ses pauses et repas là où, par exemple, quelques côtelettes se tiennent avec les doigts « comme un harmonica ».
On mesure parfois comme axiome sa solitude souvent avec les autres. Par la bande, beaucoup d’allusions aux sociétés agraires, traditionnelle ou non. Mais de tels pays tiennent depuis des millénaires même si sans doute la nature est en souffrance, la planète est malade. Guillaume Decourt poète devient le narrateur et son récit arpente le pays par fragment là où, souvent, il se remémore certains épisodes futiles a priori mais significatifs.
Le poète s’impose comme un gardien des pierres et des hommes dans la lignée de Gustave Roud, de Philippe Jaccottet. Il s’en remet au paysage et aux choses vues , comme dans une véritable obsession de la poésie. Ici, il sort du plan de l’homme ancien. Mais sans se perdre.
Grâce à ses poèmes narratifs, l’auteur jouxte au plus près la vérité humaine de ceux dont la nature est si faible que rien ne peut les influencer. Ils se croient libres, mais sont parfois envoûtés par eux-mêmes. Cela pourrait sembler une idée baroque mais n’est-ce pas là un moyen de se ranimer soi-même et au-delà de raviver la vie telle qu’elle fut et telle qu’elle est ?
jean-paul gavard-perret
Guillaume Decourt, Harmonica etc., La Table Ronde, 2026, 160 p. – 17,00 € .