Frédéric Boyer, Kâmasûtra
Le cheval fou ou K d’école
Avec cette nouvelle traduction de Frédéric Boyer, le Kâmasûtra se révèle la grammaire des mœurs et du désir. Le texte décrit une existence sensuelle, théâtralisée, à coups de formules souvent comiques, de ruses, de syllogismes, de recettes ou de techniques diverses, et de poèmes. Une idéalisation sophistiquée de la comédie de mœurs qui nous plonge dans la mélancolie d’un monde perdu ou imaginaire.
Ce texte de l’Antiquité reconnaît l’homosexualité, ainsi qu’un « troisième genre », subvertit les lois patriarcales en donnant souvent aux femmes l’initiative économique et sexuelle, décomplexe le recours à la prostitution. Et pour Boyer, ce texte est une parodie de la grande tradition du savoir indien. Il existait des traités aussi bien sur la religion, les arts, les éléphants, la magie, que le jardinage… La logique, une des premières sciences de l’Inde, est appliquée dans ce livre, de façon obsessionnelle, à la vie domestique, la décoration, la séduction, le sexe. Le réel devient l’objet d’une liste infinie.
Bien sûr et notamment, se trouvent aussi les fameuses « positions » qui trahissent une forme d’emballement poétique, ironique autant qu’érotique. Comment organiser sa vie en cultivant la recherche du plaisir, cause des plus grands désordres intimes et collectifs ? Ce traité de mœurs pour de jeunes citadins nobles reconnaît que le désir est impossible à dompter : « exactement comme un cheval fou », écrit Boyer. Parvenu à la fin de son enseignement, le sage avouant drôlement qu’il ne parviendra jamais à en venir à bout. Au besoin, pourquoi ne pas utiliser ce que le sage propose en dernier recours : la magie et la pharmacopée ?
jean-paul gavard-perret
Frédéric Boyer, Kâmasûtra, P.O.L éditions 2026, 416 p. – 14,00 €.