Fabien Bedouel, Valhalla Bunker – t.03 : « Fight fire with fire »
Une course contre la montre complètement déjantée
Après Walhalla Hôtel un premier cycle, Fabien Bedouel, qui assure désormais la totalité de l’album, enchaîne avec Walhalla Bunker, une trilogie qui se déroule quelques années après. Que s’est-il passé pendant ce temps ?
Malone, le coach de tennis de table, est emprisonné, le Shérif est devenu président des États-Unis, El Loco est une star du Métal et Betty bosse pour la CIA, alors que Lemmy est devenu réalisateur de films X. El Loco, le fils de la terrible Frau Winckler, la propriétaire du Walhalla Hôtel, est agressé chez lui par trois nazis. Il en parle à Betty et celle-ci fait le lien avec des activités suspectes détectées en Alaska. Elle est persuadée qu’une nouvelle communauté nazie s’est installée avec des survivants du Walhalla Hôtel.
Lemmy est venue voir Tausend, la fille de Frau Winckler et la sœur d’El Loco qui dirige cette nouvelle enclave nazie avec le projet d’installer les États nazis d’Amérique. Il veut se venger et est prêt à trahir. El Loco reconstitue sa petite équipe et obtient une mission spéciale. À l’issue d’une suite de combats tous plus violents les uns que les autres, Lemmy devient le nouveau chef des nazis et le groupe d’El Loco se sort du piège.
Le troisième volet de ce cycle s’ouvre alors que Malone pose l’hélicoptère qui a fait tant de dégâts et que le groupe, réfugié sur un chariot élévateur, arrive dans la ville détruite. Un survivant, perché sur un poteau électrique, le harangue en parlant de colère divine. Et quand, de la montagne où est installé le Bunker, surgit à l’instigation de Lemmy un méga panzer, les membres du groupe n’ont d’autre solution, aidés par des survivants pugnaces, que de reprendre le combat…
C’est dans un petit coin de l’Alaska, non enneigé, que se déroule l’action. Et l’action est omniprésente, entrecoupée de séquences où se déploient des dialogues décalés, riches en humour. Ce dernier se compose à la fois d’un premier degré attractif masquant souvent un second degré truculent. L’usage du comique de répétition, avec un certain sport, est plaisant.
La galerie des protagonistes est variée et offre un assortiment allant d’individus peu fûtés à des personnages hauts en couleur. La place des femmes est importante même si l’une d’entre elles est dans le mauvais camp.
Les rebondissements ne manquent pas, l’auteur n’hésitant pas à user de péripéties improbables, renforçant ainsi l’intérêt de l’intrigue. Les scènes avec le Shérif devenu président s’inspirent très largement de ce que vivent les USA avec leur dirigeant actuel. Lequel est obnubilé par sa chevelure, déclarant qu’il a beaucoup de choses à gérer avec celle-ci. L’auteur met en scène un individu basique, au vocabulaire pauvre et le met en mouvement, esquissant le même pas de danse, montrant tout le machisme de celui-ci lorsqu’il évoque les Américains et les femmes d’Américains.
Le graphisme est époustouflant avec ces scènes d’actions retentissantes, les combats et les destructions occasionnées. Les personnages sont campés avec soin. Cependant, Fabien Bedouel cache les regards totalement ou partiellement de nombre d’entre eux.
Un album qui se lit avec un grand plaisir pour l’action, pour la galerie de ces personnages singuliers, pour l’humour et pour ce graphisme d’une grande efficacité. Le dénouement, largement ouvert, annonce une suite bienvenue.
serge perraud
Fabien Bedouel (scénario, dessin et couleurs), Valhalla Bunker – t.03 : « Fight fire with fire », Glénat, coll. Comix Buro, août 2026, 64 p. – 17,00 €.