Feuilleton littéraire de l’été: Les fabuleuses exactions de Martin Filhou et de Nicole Lemmal – épisode 13

Feuilleton littéraire de l’été: Les fabuleuses exactions de Martin Filhou et de Nicole Lemmal – épisode 13

Frédéric Grolleau

– roman –




13- Stakhanov de luxe

Lundi 31 mars 2003. Au débotté, en plein milieu de l’après-midi, le Filhou me demande si j’ai cinq minutes pour discuter avec lui. Bonne poire, j’y consens et cavale. Bien mal m’en a pris : il ne s’agit pas, comme je le croyais naïvement, d’évoquer les derniers manuscrits que j’ai lus et déchiffrés la semaine passée – conformément à mon nouveau statut de lecteur stakhanoviste / stagiaire de luxe dans l’entreprise, conquis de haute lutte – mais de revenir une énième fois sur la menace que je fais peser sur ces fabuleuses éditions.

– « Bon, écoutez, je voulais savoir si vous aviez trouvé une solution pour sortir de la situation absurde où vous vous trouvez ?

– Comment ça « absurde » ? Absurde pour qui ? je suis convenu avec la nouvelle directrice du développement que je lirai quatre à cinq manuscrits par semaine jusqu’à la fin de l’été, date à laquelle je me suis engagé par écrit à quitter cette société. Point barre. Tout est réglé en ce qui me concerne et il n’y a là rien d’absurde à mes yeux !

– Cessez de faire l’innocent ! Vous savez bien que vous me coûtez beaucoup trop cher : vous gagnez 20 000 francs par mois et je m’acquitte pour vous de charges patronales beaucoup trop élevées. Vous êtes vraiment d’un cynisme incroyable !

– Pardon ?

– Vous utilisez le droit du travail pour jouer les prolongations, c’est honteux. Vous feriez mieux de réfléchir pour trouver des solutions afin d’alléger les charges que vous représentez…

– Excusez-moi mais je ne suis pas comptable, je n’y connais rien en subtilités administratives et juridiques. En revanche, si vous me proposez une solution qui vous arrange sans que je sois lésé et que mon salaire soit diminué, je veux bien l’étudier avec la plus grande attention…

– Moi ce qui m’arrangerait, c’est de vous payer à mi-temps, ou que vous vous inscriviez sur la sécurité sociale de votre femme…

– Euh, je ne sais pas si c’est possible, …et à franchement parler, j’en doute !

– Depuis septembre, vous me coûtez trop cher et vous ne fournissez aucun travail, cela ne peut pas durer.

– Martin, c’est le 07 janvier que vous m’avez prié de chercher du travail pour débarrasser le plancher, pas au début de septembre !

– Peu importe, vous n’avez rien trouvé et vous êtes toujours là !

– Je ne compte pas en tout cas me mettre à la rue pour vous faire plaisir : je vous rappelle que lorsque j’ai demandé à vous parler en septembre, j’ai suggéré que vous me libériez en échange de trois mois de salaire, ce que vous avez refusé. En novembre, je vous ai proposé de travailler comme responsable éditorial à mi-temps chez tapuscrit et chez Martin Filhou ; et vous avez refusé sous prétexte que vous comptiez demeurer une petite structure qui n’était pas destinée à embaucher quiconque. Je vous fais remarquer d’ailleurs qu’un mois plus tard vous recrutiez pourtant pour cette maison une responsable éditoriale… que je vous avais présentée quelques semaines plus tôt ! Vous avouerez qu’en matière de gestion des personnels et des finances, on a déjà fait mieux. En conséquence de quoi j’estime que ce n’est pas à moi de faire des efforts aujourd’hui pour vous arranger !

– Bon, il n’y a rien à faire, vous en faites une affaire personnelle. »

Et le gros Filhou d’interrompre la discussion à sa manière, en se penchant sur son écran d’ordinateur pour consulter soit son courrier, soit le cours de la bourse, soit une enchère prometteuse d’E-Bay, soit encore ses nombreux comptes en banque. Peut-être tout en même temps. Et de soupirer comme un cachalot échoué sur la grève de la réalité, m’ayant déjà squizzé, oublié, effacé de son disque dur personnel. Me revient notre entrevue de pré-licenciement de février, fiasco s’il en fut pour lui, que j’ai ridiculisé en lui renvoyant ce courrier, dicté par mon avocat :

Monsieur Frédérick de la Grolle Paris, le : 21 février 2003

18, rue Philippe de Girard

75010 Paris

Lettre recommandée avec accusé de réception

à l’attention de monsieur Martin Filhou

Cher monsieur,

Vous m’avez convoqué par lettre recommandée le vendredi 21 février 2003 à 11 heures dans les locaux de la société tapuscrit.com (11 bis, rue Dufou 750011 Paris) dans le cadre d’un entretien de conciliation pouvant aboutir à une procédure de licenciement pour motif personnel. J’ai constaté que vous ne vous y êtes pas présenté.

Vous avez alors cru pouvoir me dire d’aller à vos autres locaux de la maison d’édition Martin Filhou (180 bvd Saint-Germain 75006 Paris), à 15 heures ce même jour pour que notre entretien ait lieu. Pour vous être agréable, j’ai accepté cette modification de l’heure et du lieu fixés initialement. J’ai constaté que vous êtes arrivés avec 20 minutes de retard à ce rendez-vous.

Au cours de la discussion qui a suivi, vous ne m’avez reproché aucune faute, n’avez formulé aucun grief à mon encontre justifiant mon licenciement de la société tapuscrit.org, hormis, dixit, le fait que mon salaire était désormais « trop élevé pour cette structure ». Je vous ai proposé de quitter cette maison d’édition si vous étiez prêt à me verser 4 mois de salaire, ce à quoi vous vous êtes vivement opposé, en m’offrant 2 mois de salaire, en sus des indemnités conventionnelles et du solde de tout compte.

Devant mon refus, malgré votre argumentation pressante, vous avez ensuite coupé court au dialogue en m’indiquant que sinon je serais licencié, sans compensations. Je vous ai fait remarquer qu’une telle attitude ne pourrait que m’amener à faire prévaloir mes droits sociaux devant les cercles autorisés, ce à quoi vous avez répondu, évoquant un de vos anciens employés licencié en décembre 2002 : « vous n’aurez qu’à me coller un procès, je m’en fous ; j’en ai déjà un avec Foulques qui me réclame 150 000 €  et alors ? »

Dans ces conditions, permettez-moi de souligner que je ne comprends pas l’intérêt de cet entretien préalable.
Sur ce, je vous présente, monsieur , mes salutations les meilleures.

Je me lève, sors du bureau et regagne ma place, j’ai les mains qui tremblent. C’était un entretien supplémentaire dans le cadre d’un licenciement futur, et qui ne m’a pas été annoncé comme tel, en dehors du respect de toute procédure juridique. Une manière de mettre la pression, d’exercer le harcèlement moral despotique qui tient lieu de bonjour ici. Dans ces murs, on vous oppresse comme on vous salue. Par automatisme. Pour voir si. Encore à ce jeu Martin Filhou est-il moins habile et retors que Nicole Lemmal, experte en manipulations mentales et rhéteuse de première, capable de pleurer pour vous convaincre. Ou d’utiliser le plus subtil art locutoire pour vous retourner comme une crêpe – surtout si vous êtes un stagiaire récent, qui ne sait pas qui il doit croire.

Je revois sa face bonhomme, son œil atone et son mode autiste de dialogue, par quoi MF néantise à tour de bras les individus qu’il rencontre, persuadé en son for intérieur que tout lui est dû. Et que se prosterner à ses pieds de connard est un privilège que pléthore de belles âmes sont prêtes à s’arracher incontinent.  « Parce que je le veux bien ». Parce que tu ne vaux rien, Ducon ! Et là ça me prend. Une sorte de vertige ; une mise en abyme de ce que je suis devenu dans ce trou, embastillé dans des murs de mépris et de disgrâce, qui sont l’exact pendant de la période faste et glorieuse où j’ai été, par les mêmes, porté aux cimes de l’intelligence éditoriale. Ultimi barbarorum. A cette heure, je dois avoir la même tête que celle des frères de Witt balancées par la foule au sommet de piques, au grand dam de Spinoza.

Moi, c’est une violence soudaine qui m’envahit. Une pulsion thanatique : jaillir d’un bond du fauteuil où j’étais rencogné pour m’entendre administrer ce plat discours, envoyer au loin d’un revers de main la lampe qui me cache en partie le visage de mon tortionnaire, lui choper le colbac en saisissant du gauche sa cravate de limace et le secouer comme un pruneau en lui flanquant un magistral crochet du droit. Lui cracher enfin ce qu’il est : un bâtard de riche, un enculé de youpin, une sous-merde lustrée. Le finir à coups de boule. Putain, le plaisir que ce serait de voir le raisin dégouliner de son occiput ouvert à coups de combiné téléphonique. Je ressens une joie profonde, proche de l’orgasme compensateur, à la pensée de mes baskets en train de lui fracasser les côtes et les dents. S’il résiste, s’il bouge, s’il râle encore après ce traitement de choc, je passe à la phase ultime style « Dommage collatéral » : Plusieurs envolées de mon genou sur son nez busqué puis projection de sa face de rat dans l’écran. Et un coup de coude au milieu des reins, histoire de. Une baston, c’est comme un manuscrit : si on veut faire les choses bien, faut pas se relâcher en cours de route. Faut aller jusqu’au bout, rectifier toutes les imperfections. Taillader au rouge et au cutter tout ce qui dépasse. Mon credo, c’est la trajectoire rectiligne. Les petits amendements à la mords-moi-le-noeud, j’en veux pas. Triompher sur le champ et arroser ça au sang de lion, sinon capituler ad vitam aeternam.

Un jour, Filhou, j’aurai ta peau. Tu trôneras, accroché au plafond comme un cochon bien gras, comme un de ces jambons vendéens mis à fumer au-dessus de l’âtre, tu luiras de ton désespoir et de ta rance sueur. Tu auras fait sous toi – et donc sur toi, tu es accroché par les pieds, trouduc, n’oublie pas – et je me repaîtrai de te voir ainsi, si bleu si calme avant le grand sacrifice. Tu sais ce que j’aimerais ? te voir rôtir dans les flammes allumées à partir des centaines de manuscrits d’auteurs que tu as trompés, spoliés, truandés, abusés. Voir la graisse et le sang se mêler en rhizomes sur ton bide en un delta méphitique avant que de s’écouler avec parcimonie, supplice chinois à l’envers de celui qui fuit par sa tête de ses substances vitales tout juste bonnes à recouvrir de-ci de-là le béton brut du sol qui n’a pas été nettoyé depuis des mois, la société de nettoyage ayant été remerciée par tes soins parce qu’elle coûtait trop cher à l’entreprise. Tes économies drastiques seront ton linceul vieille canaille, et ce qui reste de tes employés dansera autour de ta carcasse, idole de suif sanguinolente et putride qui oscille à l’acmé d’une pyramide cendrée de manuscrits n’ayant jamais été plus utiles que le jour où ils ont servi à allumer et alimenter ton bûcher. C’est comme si tu étais mort en définitive, toi le sain doux, sous les mots de tes auteurs négligés. Après les avoir fumés façon IAM, ils t’auront cramé en retour, tout feu tout flammes.

De guerre lasse, j’abandonne le clavier et l’écran sur lequel je m’use les yeux à force de lire deux manuscrits par jour pour en faire un compte-rendu. Et je me souviens des jours heureux. Du temps où on y croyait tous aux balivernes de nos deux pipoteurs.

—– Original Message —–

From: « Frederick de la Grolle » <f.delagrolle@tapuscrit.com>

To: <a.lecerf@tapuscrit.org >

Sent: Monday, March 31, 2003 5:27 PM

Subject: Un entretien déplaisant avec Martin Filhou

bonjour Anne,

je viens d’avoir ce jour une reunion déplaisante avec Martin Filhou, qui m’a convoqué pour me demander:

– 1 : de trouver une solution pour que je coûte moins cher à l’entreprise

– 2 : de faire le commercial pour amener des opérations juteuses à tapuscrit.org

Cet entretien étant en complet porte-à-faux avec le compromis que nous avons mis en place vous et moi quant à mes fonctions dans tapuscrit.org, je vous serais reconnaissant de bien vouloir dès votre retour adopter une position claire sur ce point. Ce n’est pas à moi, qui ai rappelé que je donnerais sans faute mon préavis le 31 mai, de démissionner de mon poste pour faire plaisir à mon employeur, lequel n’a pas, que je sache, à me convoquer à des entretiens où il m’accuse ouvertement de « jouer la montre en exploitant le droit du travail à mon avantage ». J’estime ne pas avoir à être harcelé en permanence – dès que vous absentez – par la direction de tapuscrit.org sous prétexte que les accords passés entre vous et moi ne lui conviennent pas…

J’ai déjà fait savoir que j’étais prêt à lire un manuscrit/jour pour combler le retard des auteurs non lus chez tanuscrit.org et, bien sincèrement au vu de la situation actuelle, je ne vois pas ce que je puis faire de plus dans ces murs. Merci de prendre note de tout cela, ainsi que du fait que ce mail vous est envoyé à la seule fin de vous tenir informée de la situation et non pour circuler auprès d’autres membres de tapuscrit.org

Cordialement,

Frederick de la Grolle

————————-


De : Annelecerf@aol.com

À : frederickdelagrolle@yahoo.fr

Objet : Re: suivi départ FDG

Date : Fri, 25 Apr 2003 05:29:29 -0400

Ah, mon Dieu, Frédérick,

Je suis littéralement écoeurée !!! Ce gros porc mérite d’être puni. Qu’en penses donc votre avocat ?

De mon côté, comme je pars à la fin du mois, je te propose de te faire 1 témoignage costaux pour prouver ton harcèlement : comme j’ai fait, un temps, partie de ce process, je suis bien placée pour en parler ! Qu’en penses-tu ?

Je crois de + en + à la force d’une action collective. Nous ne nous connaissons pas, nous sommes arrivés à des époques différentes, mais nous vivons tous la même chose ! De quoi « émouvoir » un tribunal, non ?

AlC

——————

De : Annelecerf@aol.com

À : frederickdelagrolle@yahoo.fr

Objet :nouvelles infos

Date : Fri, 25 Apr 2003 09:41:33 -0400

Hello Frédérick,

Je vous souhaite beaucoup, beaucoup de courage…

Je pars en fait fin avril, c’est à dire dans 3 jours ouvrables. Je vais leur annoncer le dernier jour, de manière à avoir une paix toute relative (vu comme ils me font ch.. actuellement !!).

Je sais qu’à mon départ, les choses vont être difficiles pour ceux qui vont rester et j’en suis désolée, mais j’ai besoin de « sauver ma peau ». Je ne supporte plus leurs névroses, cela devient physique. Je bois du rouge à midi et tous les soirs et j’ai recommencé la cigarette. Tout cela pour un salaire bien en deça de mes prétentions et des conditions de travail difficilemnt supportables.

Je n’ai aucun intérêt à rester.

Croyez que c’est cependant à regret car j’ai aimé profondément ce que j’avais à faire. Comme je disais (les 2 premières semaines), c’est le job de mes rêves.

Vous avez vu comme tapuscrit est bien repris en main depuis qu’Alexandre [dernier entré dans la boîte, à 22 ans, pour remplacer Anne, nda], alias cheval fougeux, est arrivé ??? Saviez-vous que c’était le fils de leurs amis les plus intimes ??? Ah, ils savent s’entourer ces gens là !

Un conseil, Frédérick, si toute transaction est impossible, mettez vous en congé de maladie, je vous en conjure. Préservez vous. Ce sont des chiens puants.

J’ai déjeûné avec Marie-Hélène et Sophie [du service de presse et de la comptabilité de NP, nda]. Elles me disent ce qu’elles voient, ce qu’elles entendent, subissent. Ce sont de grands malades : fuyez !!

Amicalement

Anne

—————–

DE : frederickdelagrolle@yahoo.fr

A : « Anne le Cerf » a.lecerf@tapuscrit.org

Objet : votre départ

Date : Tue, 29 Apr. 2003 : 15 :23 :59 + 00.00

bonjour Anne, :

Jene sais pas si vous disposez d’un accès Internet chez vous mais je vous envoie tout de même ce petit mot de soutien pour vous dire que vous aviez réussi à mettre en place en 2 mois des choses que nul n’était parvenu à établir ici en 2 ans – c’est dire sans flagornerie l’étendue de vos capacités d’organisatrice. Je pense sincèrement que vous auriez réussi votre pari si la direction ne vous avait pas mis de bâtons dans les roues. Les choses étant ce qu’elles sont, il ne vous reste plus qu’à oublier les moments pénibles pour rebondir. Merci également de m’avoir permis de respirer en  réinjectant de la rationalité dans ces murs et d’atteindre les 2 ans d’ancienneté dont j’avais besoin pour porter le fer à mon tour.

Le combat sera sanglant, je vous le promets et chaque coup porté à l’hydre à 2 têtes le sera en votre nom et au nom de tous ceux qui ont souffert par la faute de ce monstre. Gardez surtout tous les documents que vous avez pu emmener avec vous car vous pourriez être amenée à témoigner d’ici peu et votre avis pèsera dans la balance… L’homéopathie c’est très bien, mais fixer par écrit ses souvenirs et sa douleur, tant qu’on est encore à chaud, est une excellente thérapie pour éradiquer la connerie. Ça vous dirait pas d’ailleurs de vous essayer à la critique littéraire ?

Bien à vous,

fdgwarrior 

13- bis

« Il a marqué un temps d’arrêt puis s’est tourné de trois quarts dans ma direction. Le galva l’a cueilli en plein sur la tempe, l’envoyant valdinguer sur le capot d’une Z3. Le deuxième coup, plus précis, plus fort encore, m’a paru traverser son estomac. Comme certaine littérature passée au tabac par Pierre Jourde, Martin Filhou n’a plus d’estomac à l’heure qu’il est. Je lui ai niqué sa race. Foncedé le crâne, qui s’est mis à raisiner comme le sang de lion que s’enfilent les trois vieux, les chibanis d’Abdelkader Djemaï dans Gare du nord.

Il n’a pas dit un mot. Pas proféré un son. Pas eu le temps. Dans un réflexe infantile, il a voulu se rouler en boule sur le trottoir, ramener ses avant-bras sur son visage et sa poitrine, comme si ça pouvait lui épargner de souffrir. Dans ce mouvement illusoire, il a flanqué une déjection sur son costard Armani plus chifonné maintenant qu’un Rip Curl.

En moi les pulsions se succédaient davantage que je ne planifiais mes attaques. Je me suis lâché, j’ai téje le tuyau par terre et je l’ai fini par une série de coups de pied latéraux. Je l’ai relevé en chopant ses épaulettes de nain. Il pissait le sang de partout, j’avais dû lui éclater les arcades, sa tête dodelinait, grotesque, ses bras de monkey rive gauche étaient ballants. Il ne tenait debout que grâce à l’habitacle du BM garé dans son dos. Les coups qui ont suivi, fouettés latéraux, fouettés faciaux, retournés droit et gauche, talons, abdomen, balayage, je les ai accompagnés chacun du nom d’un auteur publié chez MF et qu’il avait massacré sans vergogne. Il a glissé le long de l’aile et de la roue de la bagnole. Un faible gémissement a suivi son affaissement. Ses yeux de Peter Lorre étaient total cloqués. Je lui ai molardé à la face en m’essuyant les doigts sur son cachemire.

Un chat s’est débiné entre deux voitures en couinant J’ai entendu une fenêtre s’ouvrir au-dessus de nos têtes. Je me suis arraché fissa. »

Laisser un commentaire