Bernard Grasset, Paysages

Bernard Grasset, Paysages

Avec Bernard Grasset, les paysages qu’il parcourt en marcheur et philosophe s’ouvrent comme à un autre esprit de compréhension. Le promeneur, de la Bretagne aux marches de la Grèce, se trouve confronté à l’espace intérieur et à l’espace extérieur – à savoir, à ce qui croit être dedans, à ce qui croit être dehors. Son être se heurte à la réalité commune ; mais le poète considère de manière très particulière le paysage qui répond à des vertiges souterrains. En conséquence, l’auteur met du paysage dans du paysage, de l’espace dans l’espace, de la matière dans la matière sous un ciel qui lui-même n’est que déplacement.

Ses poèmes (et ses photographies) fixent le spectacle du paysage tout en le traversant. Ils sont donc un point de vue comme la réalité elle-même est un point de vue et existe là un dantesque engloutissement dans le temps. Chaque paysage passe à travers tout, sur tout, sous tout ; il offre un autre miroir au voile opaque de son regard, de sa pensée et de son inconscient. La création devient donc moins une conscience à côté de la conscience qu’une conscience dans un autre corps. Un « corps » aussi étranger que palpitant.

Chaque poème dénonce la face cachée du paysage selon un registre particulier et dont la réalité impose un point de vue. Les lieux sont comme remués, scarifiés, retournés, déplacés, sillonnés là où chaque « terre » apparaît comme une immense surface mobile. Le ciel encore plus, parfois « en chemin de pluies et de vents » ou en « réverbère de légende » dans les températures – et les odeurs. Chaque paysage possède un visage, une humeur, une langueur. Sa lumière reste une dominante et l’écriture lui donne un souffle particulier. Surgit certes la présence de l’espace mais encore plus que cela : une présence autre, légère, silencieuse, indicible pour un tel marcheur ailé.

Sans lui, il n’y a rien qui vaille. Et pour les lectrices et lecteurs du livre, les poèmes agissent comme des miroirs : ils deviennent un point de vue dans un point de vue. Un monde s’installe dans un autre, dans celui de Grasset même si parfois le paysage n’a plus rien de tangible : alors « très souvent tout s’écroule » mais l’auteur n’est pas certain encore d’avoir jamais aperçu quelque chose. Des bribes seulement ou bien une ombre que le poète réinvente plus qu’il ne la modèle.

Bernard Grasset, Paysages, Les Cahiers d’Illador, Paris, 2025, 92 p. – 19,00 €.

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