Esther Tellermann, Eternité à coudre

Esther Tellermann, Eternité à coudre

Un ordre quasiment originel et caverneux

Ce livre, comme tous ceux de la poétesse , est hanté par la disparition. La parole tente de retenir des éléments de l’ordre de la permanence au milieu des décombres, des cendres et des noms effacés mais dont Esther Tellermann se souvient encore : « Vous étiez / derrière le mont / cela / qu’on rêve des / presqu’îles des / cailloux / blancs / des hospices ». Tout ce joue entre la séparation et le deuil. La hantise de l’auteure passe du personnel au collectif.
Demeurent peurs et angoisse et l’espoir d’emplir l’éternité dans des sacs bien trop lourds à porter. Mais il s’agit de s’approcher d’une vérité provisoire du monde et du langage capable de soulever des ombres au milieu des larmes. Celles-ci demeurent dans les « intimités noires » où il s’agit malgré tout de trouver une clarté. Esther Tellermannn fait donc entrer dans la soif de l’autre au sein d’un cheminement pour prendre la juste distance, le long du désastre du temps et de l’Histoire.

L‘œuvre se traduit par une combinatoire de moments pulsés. Ils ne chassent pas la nature physique, ils la pénètrent vers ses fonds pour atteindre une mystique du réel. Cette accessibilité ne peut se traduire que par une telle poésie et sa densité. Elle devient le point de découverte d’une cache profonde. Il s’agit de l’ouvrir jusqu’à en épuiser les secrets.
Certes, être sidéré reviendrait sans doute à trouver le sens profond du visible, à fusionner avec lui. Mais le poème en n’est que l’approche dans son flot de cassures et de perplexités harmonieusement agencées afin de réintégrer un ordre quasiment originel et caverneux.

jean-paul gavard-perret

Esther Tellermann, Eternité à coudre, vignette de Gérald Thupinier, Editions Unes, Nice, 2016, 96 p. – 17,00 €.

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