Daniel Habrekorn, Flore et bestiaire imaginaires

Daniel Habrekorn, Flore et bestiaire imaginaires

Le chant des murènes et celui du chaud lapin

La culpabilité humaine ne peut se résoudre dans le simple avilissement du coupable comme si celui-ci devait être marqué pour toujours du sang de ce qu’il est. Il faut, pour la souligner, passer par la flore et le bestiaire qu’il a assassinés. Mais Habrekorn en ajoute une couche. Il ne se contente pas de ce qui est.
A la pyramide animale et végétale et même aux figures fantasmatiques officielles (dragon, dahu, chimère, phénix, vouivre, etc.), il ajoute ses propres créatures et reprend le flambeau de la littérature ancienne comme celle du temps (ou presque) en engrossant les monstres inventés par Giono, Picabia, Daumal, Vialatte, Benjamin Péret. Le tout en ajoutant en fin de dictionnaire quelques publicités intempestives pour Les Cours La Fontaine, Faux terriers, etc.

Sans jouer les lacaniens de bazar, l’auteur avec sa « Korn » est sans doute bien placé pour sa danse des ours, chevaux, « dromameaux » dans les touffes de « gobe-rêves » et « Grand Tout ». L’auteur répond à la souillure humaine par ses fables où se posent des questions centrales. Par exemple, savoir si les zèbres sont noirs à rayures blanches ou blancs à rayures noires… D’où la déclinaison d’ersatz : « zèbre de Grévy », « zébrule », « poulain zèbre », etc.
Encore fallait-il trouver les mots pour les dire. Et ce, non pour faire sortir la haine mais plutôt pour entrer dans les choses. Habrekorn a réussi. Comme avant un dernier sommeil contraint et forcé, il se remet à parler, pour ouvrir à un appel inoubliable. Il touche à ce que Deleuze nomme “ la perception de la perception ». C’est pourquoi sa flore et son bestiaire n’ont rien d’exotiques. Ils confrontent à une exigence. Elle emporte dans le temps où l’auteur dit adieu à l’impossible.

jean-paul gavard-perret

Daniel Habrekorn, Flore et bestiaire imaginaires, L’Harmattan, Paris, 2016, 248 p. – 25,00 €. 

 

Laisser un commentaire