Frédéric Fenollabbate, La Peau du Chaos

Frédéric Fenollabbate, La Peau du Chaos

Plaidoyer pour une vie fuyante

Livre étrange que La Peau du Chaos  : il dépasse largement ce qu’il est pourtant a priori et ce dont il est fait, le témoignage d’une incarcération au sein de la colonie pénitentiaire qui se nomme l’humanité et son « bloc » de durée provisoire. Les œuvres plastiques sont précédées d’une ouverture poétique qui pourrait de facto se résumer à la phrase d’Artaud dans ses Cahiers du retour à Paris : « Les portes n’existent pas et on ne va jamais que nulle part que là où l’on est » .
Néanmoins, Frédéric Fenollabate montre ce qui existe derrière ces portes ou plus exactement ce qu’il nomme « l’humain de l’animal », emprisonné afin que l’organisation dite humaine accomplisse sa propre animalité. Le créateur visualise l’intérieur de la prison qui nous tend les bras. Elle devient la faucheuse heureuse d’être conviée à un banquet qu’elle a ouvert pour accueillir ses victimes.

Reste la figuration des faiseurs de torts et de ceux qu’ils tordent dans une configuration opposée à ce que l’on entend généralement par le terme de témoignage Frédéric Fenollabate embarque avec lui sans pathos. Et ce périple représente pour nous (qui avons échappé – provisoirement peut-être – à une telle expérience) le voyage initiatique par excellence.
Dans le noir des œuvres tout finit et rien ne commence. Il s’agit donc d’un voyage sans retour pour la victime ou le condamné dont le créateur pénètre l’esprit. Surgit l’étrangeté d’un univers où se découvrent les bases vivantes d’une culture de l’exclusion et de la réclusion.
Quoiqu’on dise, la condamnation n’ouvre pas à une possible renaissance, elle fiche, ferme, enclave jusqu’à l’intérieur de la tête avec sa loi secrète. L’artiste et poète met en phase avec cet univers. Ce déplacement « initiatique » permet de mieux comprendre comment tout se renverse, comment tout est désormais bouché au nom d’une Réalité qui fait de l’être un résidu.

jean-paul gavard-perret

Frédéric Fenollabbate, La Peau du Chaos, Editions Réseau Tu Dois, Paris, 2016, 48 p. – 12,00 €.

24 dessins à l’encre de Chine – dont 4 sur des doubles pages – composent ce cycle réalisé au cours de l’été 2014, et sont reproduits sur des pleines pages en noir.

Le texte, imprimé en blanc sur fond noir, est relatif au Chaos.

 Tirage limité à 300 exemplaires.

 10 exemplaires de luxe, numérotés et signés par Frédéric Fenollabbate, sont enrichis d’une eau-forte originale.

 

 

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