Paul Sanda, Célébration des Nuées. Anthologie poétique de l’œuvre de Paul Sanda – 1990-2015
Paul Sanda est de ceux qui courent toujours le risque de sentir passer en leurs tripes le vent du souffle expressif pour tordre autant le monde et l’architectonique de ses plaques que leurs traces et leurs représentations communes.
Le poète ose toujours respirer dans l’instant exact du poème comme dans ceux de la vie selon un principe premier : en blasphémateur gourmand, parfois cruel, parfois lyrique, parfois aussi métaphysique, mystique mais au besoin vernaculaire. Ajoutons que l’auteur donne des lectures publiques de son travail et que c’est là une dimension performative non négligeable pour lui de l’approche de sa poésie aux capacités gnostiques et végétales.
L’anthologie prouve tout ce que l’œuvre porte en elle de singulier. Y résonne une langue inouïe, foisonnante, extravagante. Elle s’élève contre les retours frileux même lorsqu’elle embrasse l’Histoire proche ou lointaine.
L’auteur n’est pas un homme de restauration passéiste ou de repli conservateur. Sa voix est des plus discordantes dans ce début de millénaire. Elle fait sécession face aux tentations intimistes des pseudo révélations.
L’auteur possède des engagements littéraires marqués : le Surréalisme y gerbe une force dont il n’a pas toujours su faire preuve lors de ses grandes heures. Le poète « fantasophique » n’y bafoue pas le réel mais le mixte en passant si besoin par les lieux les plus glauques (YMCA de New York), d’où remontent les accents de B.B. Bronzy à la chair aiguisée ou des chanteuses de jazz psalmodiant pour « distingué lovers ».
Oubliant d’être moderne, ridiculisant de facto les poètes en cour, Paul Sanda se moque de la loi du nombre qui réduit la littérature à une activité rassurante, aux effets anxiolytiques. Certes, les princes de la République qui aiment citer les auteurs saints auréolés d’une déférence de principe n’emprunteront pas les mots de celui qui ignore les beaux vers sentencieux. C’est même rassurant. Sanda reste un barde proche par certains aspect de Gherasim Luca et d’Artaud. Comme eux, il fait sortir des torpeurs du sommeil. Et le réveil n’est pas forcément douloureux car l’auteur n’a pas honte de tuer le monde en imagination active.
Truffée d’assonances (on se reportera pour s’en convaincre au superbe texte inédit de l’ensemble – « Le tombeau de Joyce Mansour« ), les textes du poète jouent avec les cadences classiques tout en les décalant mais pour rester dans l’ordre du chant. L’auteur ne cesse de bivouaquer sans atermoiement dans les interstices du langage, plus que faire le planton dans ses vestibules.
Ellipse dans le rêve, trou dans la trame, lacune dans l’intrigue, montage en syncope, l’écriture – entre Joyce et Mansour – fait que les morts vont outre grâce à l’écriture, sa passion et sa jouissance.
jean-paul gavard-perret
Paul Sanda, Célébration des Nuées, Anthologie poétique de l’œuvre de Paul Sanda – 1990-2015, Coédition Rafael de Surtis & Editinter, 2016, 330 p. – 35,00 €.