Constance Chlore, Orphée // Le monde vibrera comme une immense lyre // Eurydice

Constance Chlore, Orphée // Le monde vibrera comme une immense lyre // Eurydice

Par ses fragments ou plutôt ses pépites, Constance Flore rouvre les portes d’Orphée et d’Eurydice. A priori à une seule condition : ne pas se retourner sur la seconde avant d’être sorti des Enfers. Mais après tout – par et pour ces deux mythes premiers et leur reprise par une telle voyageuse ailée – « enfer ou ciel qu’importe », comme disait Baudelaire. Mais en plus jaillit ici un bonus : «Les Enfers s’éclaircissent / habités par le chant ».
A partir de là, l’auteure se plaît à pianoter sur le clavier de ses et de nos sens. Nous pouvons nous attendre à tout au nom de l’amour. Pour preuve, il « a un son / Toujours il attire quelqu’un / Par l’ouïe » et en son nom nous sommes subjugués par les illusions d’Orphée et la mort d’Eurydice le jour de ses noces. Mais ici l’imagination dite morte rebondit et fait revivre au-delà du réel là où les deux « hérauts » d’une mythologie matricielle, et grâce à Constance Chlore et comme elle, font face à la violence de la destruction, de la perte, du deuil et du chaos qui instille le beauté par la puissance de son langage qui écrit la renaissance du mythe .

Concentré sur une telle thématique, ce livre devient un véritable laboratoire poétique en une suite de surgissements où bien des voix cohabitent de manière contemporaine. Et en une telle stratégie où dispersion et réintégrations s’unissent, appréhender l’écriture revient à explorer la signification d’un certain nombre de mots-clés, tels qu’imagination et structuration dynamique. C’est aussi prendre en compte l’idée que la poésie est d’abord une façon de dire autrement mais aussi un moyen de dire autre chose sur Orphée et Eurydice.
S’y produisent les échanges entre les pressions venant de l’extérieur et les pulsions profondes. L’écriture poétique devient l’acte textuel au croisement des résolutions d’hypothèses. Cet acte révèle non pas une essence mais un devenir au sein d’un système qui n’a plus besoin comme pré-texte de la réalité.

L’écriture devient le médium moins du retour sur le mythe que sur son avancée. Elle est aussi la réponse cherchée aux angoisses de l’homme devant la temporalité. Face au chronologique et à la dégradation, ce livre par sa conception même et sa structure ouvre le temps par effets d’échos. Il réalise le passage de l’actuel au virtuel, du réel au possible. Ici, des flux dynamiques issus du spatialisme de Pierre et Ilse Garnier continuent de hanter la poésie contemporaine par cette iconologie puisque, plus que les mots, c’est leur agglomérat plastique qui fait sens.
Chaque corps-texte de ce livre faussement historiographique renvoie à son propre pouvoir de reconfigurer la hantise en forçant le cortex par l’imaginaire de l’auteure. Moins délirante qu’il n’y paraît, sa poésie est convulsive. Les mots possèdent un impact inédit. Il ne s’agit plus de lire en longeant le talus des lignes d’un langage-doigt. Il s’agit d’en remodeler l’argile. Avec Constance Chlore, la langue plonge dans la piscine d’un feu sacré tissé en torsades et échos épars où se laissent capturer les linéaments. En sort un amour immense dont la surface fait peau neuve par effet de plis et de vagues des vocables.

Constance Chlore, Orphée // Le monde vibrera comme une immense lyre // Eurydice, Editions L’herbe qui tremble, 2026, 308 p. – 20,00 €.

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