Damien Paisant, Cet Autre
Promesse d’apaisement
Poète de l’ébranlement de la langue et des profondeurs psychologiques, Damien Paisant s’impose dans le paysage poétique contemporain comme une voix singulière, explorant l’intime et le formel avec une radicalité rare. Des Éditions Bruno Doucey (où il a publié Cri) à ses expérimentations aux Éditions Sans Crispation (Cogne), son œuvre s’articule autour d’une mise à nu du verbe. Au printemps 2026, il livre chez Petra un nouveau recueil charnière : Cet autre.
L’œuvre de Damien Paisant refuse le confort du lyrisme traditionnel. C’est une poésie physique, presque anatomique, caractérisée par deux grands axes. La dislocation du langage : Dans des recueils comme Cogne, Paisant s’attaque à la « sur-signifiance » du discours. Il fragmente les mots, joue sur les ellipses et bouscule la syntaxe pour faire jaillir l’émotion brute, refusant les faux-semblants d’une langue trop polie. En quête de l’état premier, sa poésie cherche constamment à atteindre ce qui se cache sous le bruit du monde — la solitude, l’absence, le deuil, mais aussi la pulsion de vie (Éros face à Thanatos).
Cet autre marque un approfondissement quasi mystique de sa démarche introspective. Le recueil est construit comme un voyage au cœur de la psyché et de l’altérité, explorant l’abîme d’un « Je » qui se découvre multiple. Comme le souligne Iren Mihaylova dans sa postface, le livre s’ouvre sur une « grotte », un espace reclus de l’être où loge une peine immense mais silencieuse. Cet autre, c’est cette part cachée de nous-mêmes, enfouie dans l’ombre, qui attend d’être nommée pour exister. « Cet autre – noyé dans un ciel glorieux – est l’appel à la rencontre de ce qui ignore qu’il existe. »
Dans ce texte de 164 pages, le poète ne parle pas seul. Le « Je » s’y fragmente et se dédouble. Il devient tour à tour : Le père et la mère. La femme aimée. Le fantôme perdu. Ce dialogue avec l’absence et le manque n’est pas une capitulation. Au contraire, le cheminement poétique vise à faire face à « l’impasse d’une chute » pour mieux la dépasser. L’écriture se fait ici thérapeutique et réparatrice, oscillant entre le travail sur le divan (le recueil évoque explicitement la psychanalyse dans ses sous-sections) et le corps-à-corps avec la mémoire.
Cet autre résonne fortement avec le travail récent de l’auteur, notamment sa résidence d’écriture à la Maison des Jardies et ses lectures-performances à deux voix. Chez Damien Paisant, le poème n’est jamais un objet statique ; il est une correspondance permanente, un miroir tendu où l’on accepte de regarder sa propre part d’ombre pour y trouver, enfin, une promesse d’apaisement.
jacques cauda
Damien Paisant, Cet Autre, Éditions Pétra, 2026, 164 p. – 16,00 €.
Disponible sur le site de l’éditeur : Éditions Pétra — Cet Autre