Clotilde Pratt, De nu vêtue

Clotilde Pratt, De nu vêtue

Clotilde Pratt propose, avec humour et intelligence, son expérience singulière : être un modèle de nu pour les artistes et étudiants d’art. « Suspendue aux lèvres du silence » et immobile, ce qui saute aux yeux du lecteur c’est qu’elle devient figure de son propre tableau vivant, céleste et prude parmi les prudes (du moins on le suppose et sans que l’auteure de s’en offusque ou s’amuse).
Elle se métamorphose de manière quasi professionnelle en muse d’obligée où les créateurs ou créatrices sont ses Pétrarque. Et ce, durant de longues journées mais qui ne sont jamais celles de Gomorrhe de Sade. Et d’inexorable rigueur, Clotilde Pratt relève des contradictions dans certains regards où – de gré ou de force – elle devient dispensatrice de joies non platoniques.

Elle incarne la matrice de diverse possibles cartes du Tendre au caractère nettement anatomique. Certes, comme une Madeleine de Scudéry vue en 3 D, elle est gorgée d’humour, d’autodérision et de sens de l’observation où bien des angles racontent et évoquent ce qu’elle est.
Qui sait ? Certains yeux qui se baissent face au modèle peuvent entretenir une bouffée d’amour ou de désir car à l’impossible nul n’est tenu. Mais avec le temps, le pénibilité touche le modèle dont parfois le corps est en morceaux Si bien que son texte devient un traité de la nudité là où elle se retrouve moins dans un lieu enchanté, campagnard que dans un Paris au bord de la Seine en compagnie de celles et ceux qui, parfois, après les séances, veulent parler entre eux de l’amour, de la vie, de tout et bien sûr de leur pôle.

Elle comme ses voyeurs et voyeuses restent autant lucides que pleins de tendresse et d’estime sur son inclination et non sans reconnaissance à son égard quand elle sort – telle une marquise ou presque – après cinq heures, épuisée… Ainsi peuvent commencer des romans…

lire notre entretien avec l’auteure

Clotilde Pratt, De nu vêtue, Tarmac éditions, 2026, 120 p. – 16,00 €.

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