Claude Esteban, Soleil dans une pièce vide
Près du soleil
Etre saisi par un tableau pousse au rêve de se retrouver dedans. Personne n’y parvient. Parfois, il y a là des rues désertes, des femmes nues, un traîneau qui passe. Mais celui qui regarde comprend qu’il ne pourra jamais habiter ces toiles : elles leur échappent.
Reste à décider, faute de mieux, de vivre à côté d’elles avec des mots. Ceux-ci sont là moins pour les décrire que pour inventer des histoires – d’un personnage, du peintre, de l’écrivant peut-être. Après tout, il lui semble vivre tout cela, et par exemple, lorsque le soleil, un après-midi d’été, traverse une pièce vide.
Et c’est le projet de ce livre où Esteban évoque sa parfaite connaissance des tableaux de Hopper. Plutôt que de les décrire, il les pense, rêve, habite par son écriture et fait surgir par ses propres moyens une manière de rivaliser avec le peintre.

Chaque toile de Hopper se déploie en quelques pages. Surtout « Sun in an Empty Room » (1963) qui donne le titre de l’ouvrage là où une chambre est vide, nue dans la lumière qui pénètre de biais par la fenêtre. Elle n’est pas seulement vide, elle est désertée. Mais le peintre est là.
Esteban aussi. Les deux aiment cette maison. Un homme y est peut-être mort ou y a vécu longtemps, obstinément, dans le dedans de leur pensée. La maison se souviendra par Hopper et le peintre par le poète. Existe là une rencontre au sommet. Près du soleil. Et sans doute de la mer. Ici-bas. Et partout.
jean-paul gavard-perret
Claude Esteban, Soleil dans une pièce vide, Éditions Unes, 2026, 176 p. – 24,00 €.