Christian Bernard, Élégies anciennes
Villes ouvertes
Le mot “Élégies” est devenu un mot désuet voire une pratique obsolète. Toutefois, les Elégies anciennes de Christian Bernard fonctionnent de manière actuelle par leur extraordinaire puissance d’évocation avec beaucoup de jeux de rythmes et de sonorité. Proches des Élégies de Duino, celles de Bernard, si elles n’appartiennent pas au même registre, laissent poindre des convergences thématiques, voire des tactiques formelles si bien qu’un tel genre se réinvente.
Christian Bernard – spécialiste d’art moderne et contemporain ; ancien directeur de la Villa Arson et créateur et directeur du Musée d’art moderne et contemporain de Genève – rassemble à l’Atelier contemporain toutes ses Élégies écrites entre 1977 et 2020 et parues pour certaines dans des revues ou de façon confidentielle.
Christian Bernard aborde l’oubli – ce qui peut sembler paradoxal pour une élégie – de manière sobre et élégante. L’auteur n’est pas tendre avec la ville de Strasbourg où il a vécu mais il lui consacre plusieurs élégies sans conservatisme. Il mêle divers sentiments, une ironie, une attente insatisfaite, un ressentiment, et une grande nostalgie sous forme d’amour. Ici, la mélancolie devient un sens aigu de la perte et du jamais plus mais pour ouvrir à une étincelante intensité du sentiment d’exister.
D’où cette tonalité fantasmatique de la vie où la force d’évocation devient par moments d’extraordinaires personnages et visions dont Christian Bernard a le secret et qu’il déroule en « fourmillantes de lettres / qui murmurent.”
jean-paul gavard-perret
Christian Bernard, Élégies anciennes, L’Atelier contemporain, 2025, 142 p. – 25,00 €.