André Malraux, La tentation du cinéma
Optique et tact ?
Fort en caquet monumental, Malraux fut le staffeur de sa pensée esthétique d’une mollesse crasse. Très jeune, il se prit en vieux samouraï perché sur des murs grimpants de la gloire en l’étayant de surplombs sur l’art ancien, classique et contemporain. Il en fut un formaliste, un « remixeur » de formes par un lyrisme oral ou écrit en estimant tout ouvrir et tout trouver. Et le cinéma ne fut pas pour lui un repoussoir.
Porteur du passé et de l’avenir, André Malraux a découvert, pratiqué, pensé et accompagné ce qui devint le septième art. Au sortir de la Première Guerre mondiale, dès lors que l’on commence à considérer le cinéma comme un art autonome, le Charlot de Chaplin – dans ses premiers écrits des années 1920 – est devenu la figure cinématographique dominante, un véritable idéal artistique pour certains avant-gardistes qui fréquentèrent Malraux à Paris. Dans sa vingtaine, il découvre aussi à Berlin le cinéma expressionniste. Mais c’est surtout le soviétique Eisenstein qui le marqua profondément. Il resta avec Chaplin l’un des deux grands pôles auxquels il se réfère ensuite dans ses Ecrits sur l’art et sur ses discours « fanfaraomiques».
A l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, cette sorte de catalogue accompagne l’exposition André Malraux, la tentation du cinéma. Elle propose de porter un regard neuf sur la vie et l’œuvre de l’écrivain. Mais, de fait, un tel ouvrage est une hagiographie.
Malraux trouva dans le cinématographe une forme d’engagement dont il tira L’Espoir, et plus tard un film, Sierra de Teruel. Mais l’écrivain a abandonné le cinéma. Certes, rallié au général de Gaulle et devenu le premier « ministre de la Culture », il soutint la Cinémathèque française d’Henri Langlois. Mais avant de vouloir se séparer de ce dernier. Ce qui provoqua une fronde envers lui face au cinéma mondial.
Certes, Godard l’a placé dans son Histoire(s) du cinéma. Mais de manière discutable. En effet, Malraux reste totalement insensible aux nouvelles formes du cinématographe car, pour lui, hors la politique, rien de nouveau. En conséquence l’esthétique du film reste à ses yeux, sinon une impasse, du moins le signe d’une indifférence et d’un mépris notoires. Quel qu’il soit, américain, japonais ou européen, du cinéma plus aucune nouvelle.
Certes, dans ce livre, Charles-Louis Foulon, François de Saint-Cheron, Cristina Solé-Castells, Benoît Wirrmann sauvent un tel soldat sans doute surreprésenté. Il reste néanmoins dans son ghetto en ignorant toutes les formes neuves et significatives. Existe là une reconnaissance officielle de Malraux mais il ne fut rien qu’un marqueur dépassé et âgé devant le filmique. Ne reste ici qu’un historisme très approximatif et trop connoté par une idéologie souvent discutable. Demeure une suite de « papiers » (peints) où l’esthétique du cinéma fut occulté. Des imaginaires qui allaient et vont renverser un tel art furent relégués au rang des élégances.
jean-paul gavard-perret
André Malraux, La tentation du cinéma, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2026, 160 p. – 29,00 €.