Alex Marzano-Lesnevich, L’Empreinte
Entre ténèbres intimes et judiciaires…
Dans un prologue édifiant, l’auteure décrit le principe de la cause adéquate en opposition à la cause directe. La première doit être la seule qui compte du point de vue de la loi. Et c’est avec ce principe qu’Alex Marzano-Lesnevich déroule des faits et leurs conséquences. Elle expose ce qu’elle va vivre quand, étudiante en droit en première année de faculté, elle intègre comme stagiaire, un cabinet d’avocats en Louisiane. Celui-ci est spécialisé dans la défense des détenus du couloir de la mort.
Elle accuse un choc quand elle visionne les aveux d’un pédophile notoire, Ricky Langley, qui a tué un garçon de six ans. Elle, qui se définit comme une opposante farouche à la peine de mort, face à cette confession voit ses convictions se fissurer. En découvrant le dossier du criminel, elle va ressentir les premiers troubles quant à sa situation personnelle, son moi intime.
Et ce qui va remonter, au fur et à mesure qu’elle se plonge dans le dossier du pédophile…
Le récit se déroule dans deux mondes différents. C’est d’abord la Louisiane et sa justice, le travail dans ce cabinet d’avocats, les prisons, des procès, les archives et les contradictions judiciaires. C’est aussi la découverte des crimes de Langley, son approche pour tenter de le comprendre. Puis, c’est la cellule familiale de l’auteure, le passé qui remonte, les souvenirs qui reviennent, la prise de conscience, au fil de l’enquête.
Dans ce livre, Alex Marzano-Lesnevich aborde de nombreux thèmes, des thèmes généraux et des sujets plus intimes. C’est l’accord ou l’opposition à la peine de mort, la justice avec ses limites, ses contradictions, ses angles morts. Elle cerne la mémoire et son art d’occulter des traumatismes, la violence sexuelle et familiale. Elle analyse la vérité, cette vérité si multiple, si mouvante, insaisissable souvent. Et puis, c’est la responsabilité des uns et des autres, une responsabilité individuelle, certes, mais aussi collective.
On suit avec attention les sentiments, les émotions d’Alex Marzano-Lesnevich, l’empreinte que suscite ces deux histoires, celle de Langley et la sienne. Elle pose des questions morales fortes. Peut-on pardonner l’horreur, trouver des excuses comme un dérèglement mental, une maladie ? Doit-on oublier des agissements condamnables sous prétexte de protéger une famille ? Quel plaisir sexuel peut-on prendre avec un gamin ou une gamine ?
Ce récit qui relève à la fois du roman policier, du documentaire, de la biographie à fait l’objet de recherches approfondies, d’un travail documentaire remarquable de la part de l’auteure. Il en résulte un texte qui bouleverse, qui interpelle, dont les thèmes abordés et leur traitement restent longtemps en mémoire.
serge perraud
Alex Marzano-Lesnevich, L’Empreinte (The Fact of a Body, a Murder and a Memoir) traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié, Éditions 10/18, coll. Dans le fond(s), février 2026, 456 p. – 9,50 €.