Ces âmes
(Lot peint)
Buvant un café dans ta cuisine, tu me poses la question sur nos rapports et ma capacité à les assumer. Mais aussi sur la place disponible pour mon imaginaire et tes rêves. Reprenant nos photographies dont tu fais faire des retirages, les imprimeurs n’ont pas pris la peine de vérifier ta matrice. Elles ne sont jamais identiques et mettent à jour des « accidents » où nous sommes plus ou moins clairs ou obscurs.
Tu trouves là une irréalité relative. A moi d’écrire et dé-crire non seulement ces prises mais nos regards, nos pensées. Dans ces clichés, ton corps soulève ta couleur pour la remplacer par d’autres à la manière de Cézanne pour sa montagne. Ta silhouette reste une langue profonde qui n’ajoute rien mais ne retranche pas plus afin que jaillisse ta montagne première bien plus que pure essence ou concept.
Ensemble, nous sommes à la frontière de ce qui nous échappe. Forcément. Mais, même séparé, notre couple ne pourra jamais biffer la rencontre toujours à venir et qui a déjà eu lieu. On ne s’écarte pas de ta cuisine. Mais y suis-je jamais entré ? Tu m’as tout donné pour éviter ma chute.
jean-paul gavard-perret
Photo : Sara Mei-Hermann