Catherine Andrieu, Fragments d’un récit de soi
La science des marées et la survivance
Dans sa solitude extrême qui la fait voyante, Catherine Andrieu perce l’obscur de sa vie et s’adresse encore à lui. Elle évoque ses symptômes, ses écarts, ses ruptures et ses convulsions lentes. Au-delà de la maladie psychique qui la frappa, elle reste arrimée à l’écriture même si elle voulait devenir danseuse sur cheval avant de décider d’écrire sur ces danseuses.
Enfant de la Méditerranée, elle a vécu dans une maison à l’aplomb d’une falaise sur la mer, qu’elle appelle la « Maison-bateau ». Elle montre dans ces pages sa « survivance » dans la solitude et la liberté. Et à Royan, après vingt ans à Paris, elle a retrouvé une autre « Maison-bateau ».
Son livre suinte du goût de la langue (plus paternelle que maternelle) et de l’étymologie. Il est intime et en train de se faire avec une forme d’ascèse ou pulsion de mort. Et il montre que l’auteure passe presque tout son temps chez elle à rêver mais pour saisir des « images-pensées » qui nourrissent sa création.
Celle qui fut héroïne folle et amoureuse ou amoureuse folle est devenue une femme tragique avide des chats et du piano dont la musique la rend mélancolique au sens fort. Par-dessus tout, son amour « trans-espèces » la renvoie à l’étonnement face aux mystères du Cosmos et de la vie. Et dans son livre comme dans ses précédents, une telle poète géniale comble un vide « avec le vent » et fait cadeau à ses lecteurs et lectrices de son manque à l’autre-là et comble en eux leur vide existentiel.
jean-paul gavard-perret
Catherine Andrieu, Fragments d’un récit de soi, Rafaël de Surtis, 2026, 170 p. – 19,00 €.